Féhanor avait bien dit qu'elle ne ferait rien pour la mettre mal à l'aise. Par conséquent, l'obliger à la tutoyer, elle sa « Maîtresse », était complètement hors de propos ! La rousse ne pouvait qu'accepter ce qui, pour Faelwen, s'apparentait à une zone de confort.
- Je vais faire un effort, lui avait-elle promis.
L'elfe aux cheveux roses ne tarissait pas de compliments. Elle n'était pas animée par de sombres desseins, ne se comportait pas comme quelqu'un d'obséquieux. Elle avait l'expérience de son côté et demandait à ce que l'on ne se fasse pas de cheveux blancs pour sa personne. En deux mots : une esclave serviable et résiliente.
- Je ferai tout de même attention. C'est ainsi que fonctionnent - et doivent fonctionner - les aventuriers vis-à-vis de leur entourage.
Féhanor avait beau prononcer de sages paroles qu'il lui était toujours difficile de lutter contre ses pulsions. D'autant plus qu'elle s'était bien démenée face aux hideux reptiles ; son corps échauffé émettait toujours ce besoin de bouger, de se dépenser plutôt que de se tourner vers le repos. Chemin vers lequel ses pensées, pas toujours très pieuses, tendaient à emprunter malgré son vœu de retrouver sa partenaire esseulée.
La bretteuse s'était complètement tournée vers celle qu'elle considérait davantage comme sa nouvelle protégée lorsqu'elle eut vent de l'ampleur de ses pouvoirs magiques.
- Alors tu peux vraiment faire ça ? Génial !
Mais Féhanor se rendit compte qu'elle n'avait aucun objet lui appartenant dans son avoir. Elle commençait à se maudire intérieurement d'avoir refusé, par le passé, de boire dans les mêmes flacons que cette obsédée du Rose quand Faelwen ajouta qu'une image précise de Vialyna, puisée directement dans son esprit, suffirait en tant que ressource immatérielle.
- Okay ! On va se débrouiller avec mon imagination. Arrêtons-nous ici pour que l'on puisse opérer posément.
L'aventurière poussa un petit soupir, ferma les yeux et se concentra. Elle visualisa très fidèlement son amie. Faelwen entama alors son rituel à grand renfort de mouvements de mains. Féhanor sentit les légers courants d'air générés par l'elfe lui caresser la peau du visage, glisser le long de ses taches de rousseur. Elle rouvrit un œil après un court moment de flottement. Œil qui tomba malencontreusement sur un mignon petit sein rond. Féhanor déglutit discrètement, resserrant aussitôt les paupières. Les courants magiques affluèrent, se rejoignant entre les deux femmes afin de former une réplique éthérée de la Prêtresse du Rose. La rouquine cligna des yeux en l'observant. Le résultat lui paraissait bluffant, pour ne pas dire spectaculaire.
- Impressionnant...
Ce n'était pas Faelwen qui avait eu de la chance d'être secourue, mais bien Féhanor qui se sentait gâtée par le destin de se tenir à côté d'une magicienne aussi sédui-... (!!) douée de sa magie. Cette dernière la prévint que le plus dur, avec ce sortilège de communication, était de le maintenir sur le long terme. L'aventurière hocha la tête.
- Entendu ! Je compte sur toi pour tenir bon, Faelwen.
La concernée prononça les dernière syllabes de son incantation. La réplique de Vialyna étincela un peu plus avant de se mettre à simuler, avec sa poitrine, un mouvement de respiration régulier. Le contact étant manifestement établi, Féhanor se chargea d'initier la conversation.
- Vial', tu m'entends ? C'est moi, Féhanor ! Réponds-moi, s'il te plaît.
Les lèvres du clone éthéré s'animèrent à leur tour :
- Féh' ? Louée soit la Déesse ! Tu es encore vivante... Mais comment as-tu fait pour-
Main sur le cœur, Féhanor émit un soupir de soulagement.
- Je t'expliquerai cela en détail plus tard, trancha la bretteuse. Le temps nous est compté - à moi et à mon alliée magicienne qui nous accorde ce petit miracle. Tu n'es pas blessée, j'espère ?
- J'ai dû m'éloigner de l'endroit où tu as été téléportée par accident. Des monstres me sont tombés dessus entre-temps, mais je suis parvenue à m'en débarrasser sans trop de peine. Il en reste encore beaucoup qui arpentent la zone, alors j'ai préféré me trouver un point d'observation sécure.
- Bien. Est-ce que tu peux me le décrire ?
Synchronisée à son origine, la réplique de Vialyna regarda à gauche et à droite avant de répondre :
- C'est une plate-forme perchée au sommet d'une tour à moitié effondrée dont la pointe en tête de flèche - un peu inclinée - frôle le plafond de roche.
- D'accord ! On peut difficilement faire plus haut que ça...
- Je pense avoir de quoi supporter un siège.
- Je n'espère pas être aussi longue pour te mettre la main dessus.
Cette formulation arracha un léger gloussement à la prêtresse.
- Tout dépend de l'endroit où vous vous trouvez, j'imagine ?
- Dans un couloir qui se situe probablement dans les strates inférieures de ce maudit donjon...
- Ne t'énerve pas. Nous nous retrouverons très bientôt, j'en suis persuadée. Je vous suggère simplement de faire très attention où vous mettez les pieds durant votre prochaine ascension ; ne tentez pas le diable en activant, au petit bonheur la chance, les runes de téléportation.
Soit le meilleur moyen de se retrouver à nouveau séparé les unes des autres.
- Ça ne m'aura même pas effleuré l'esprit, dis donc !
- Soyez patientes. Je ne bougerai pas de mon perchoir.
- Bien reçu, Oiseau de Désir !
Vialyna accueillit son surnom d'aventurière avec un petit rire coquet.
- Ne sois pas trop frigide avec ta nouvelle compagne de voyage, ô Pieuse Ecarlate !
- Hein ?! Qu'est-ce que tu t'imagines que nous pourrions-
L'image surréaliste de la Prêtresse du Rose se mit à clignoter brutalement. L'instant d'après, la connexion fut coupée, ne laissant que le vide à la place de la réplique.
Après un modeste temps d'hésitation, Féhanor regarda Faelwen.
- Euhm... La limite est atteinte, on dirait. (Elle se frotta l'arrière du crâne, les yeux un peu fuyants et la bouche légèrement de travers.) Merci pour ce coup de pouce. Au moins, maintenant on sait qu'il faut monter.
Avant de reprendre la route en compagnie de l'elfe, Féhanor se positionna à sa gauche. Elle lui prit la main.
- Pour des raisons de sécurité, précisa la bretteuse en lui jetant un regard en coin. Ainsi, si l'une d'entre nous commet la bêtise de fouler une dalle piégée, nous serons toutes les deux téléportées en même temps. Je préférerais cela à une énième séparation.
Ce à quoi elle ajouta rapidement :
- Je ne te lâcherai qu'en cas d'affrontement direct avec l'ennemi. C'est bien compris ?
Une fois ces quelques consignes échangées, elles reprirent la route en quête d'un escalier.