« Va pour le tutoiement », acquiesça-t-il avec un clin d'œil discret, acceptant le changement de ton avec aisance.
Il l'écouta développer sur le coût de la vie à Manhattan, le besoin de tranquillité et l'aspect inquiétant de ce quartier fantôme. Quand elle se qualifia de « faible femme », Ethan ne pût s'empêcher de jeter un coup d'œil à sa posture. Il y avait chez elle une assurance naturelle, un calme presque impénétrable qui détonnait avec ce portrait.
« Calme, c'est le mot », concéda-t-il en observant les ombres qui étiraient les contours du salon. « Mais entre le calme et l'impression d'être sur le plateau d'un film d'horreur des années 80, la frontière est mince. Tu as du courage de rester ici toute seule, même pour quelques jours. »
À sa question sur ce qu'il comptait faire ensuite, Ethan laissa s'échapper une courte expiration amusée, tournant machinalement sa tasse entre ses doigts.
« Trouver des clients ici à quatre heures du matin ? Aucune chance. Long Island à cette heure-ci, c'est le désert absolu. Mon service était censé se terminer il y a deux heures de toute façon. Si je ne m'étais pas arrêté pour te prendre sur le trottoir à Midtown, je serais déjà en train de tourner en rond dans mon studio du Queens à chercher le sommeil. »
Il prit une nouvelle gorgée de café, posa la tasse sur le comptoir et ancra son regard dans le sien, curieux du manège de sa cliente.
« Donc pour répondre à ta question... Une fois cette tasse finie, mon seul programme, c'est une heure de route sous la flotte et un lit qui me tend les bras. À moins que les fantômes du grenier ne décident de me bloquer la sortie. Pourquoi ? Tu comptais me proposer un deuxième café avant que je reparte ? »
Il sourit, laissant sa remarque prendre la forme d'une plaisanterie plutôt que d'une véritable question. Puis il ajouta :
« Je plaisante. Enfin, à moitié. C'est plutôt agréable de pouvoir s'asseoir un moment sans avoir à regarder la route toutes les deux secondes. »
Il observa son café, puis releva les yeux.
« Et puis, je ne vais pas te mentir, je ne suis pas pressé de retrouver mon appartement vide. »
Il regretta presque aussitôt cette dernière phrase. Encore une fois, il venait de se confier plus qu'il ne l'aurait voulu. Il aurait pu s'arrêter là, mais son besoin de corriger cette impression de vulnérabilité prit le dessus.
« Enfin, je veux dire… je suis bien chez moi, hein. C'est juste que passer ses journées à conduire et ses soirées à rentrer seul, ça finit par devenir un peu répétitif. Rien de dramatique. »
Ethan serra légèrement la mâchoire.[PERCEPTION]
Tu viens de te justifier alors qu'elle ne t'a rien reproché.
[RAISON]
Il a le droit de préciser sa pensée.
[EMPATHIE]
Il n'aime pas qu'on le voie seul.
[INSTINCT]
Et il n'aime pas qu'on le voie faible.
Vous pourriez tous vous taire pendant cinq minutes ?
Il prit une nouvelle gorgée de café, espérant que la chaleur lui donnerait une contenance. Puis il reposa sa tasse et adressa à Elisabeth un sourire plus assuré.
« Enfin, je ne vais pas m'incruster toute la nuit non plus. Je ne voudrais pas abuser de ton hospitalité. »



