Son Maître adoré se voulait exagérément souple avec sa petite poupée pondeuse de gobelins. Rëko, malgré tout, comprenait son attachement pour cette garce microscopique. Son lien avait Noirci dépassait les attentes de son entourage. Le gobelin ayant muté en une créature impossible, nantie d'une force si exceptionnelle qu'il y avait lieu de se demander si elle pourrait jamais la contrôler. Notrös, pour sa part, ne disposait point de telles facultés ; il incarnait le caprice de la succube qui avait le droit d'en abuser dès que le désir - ô grand fréquent ! - lui chatouillait l'entrecuisse.
- Dans ce cas, je veillerai à ce que mon vilain sabreur fasse montre d'un tel potentiel qu'en comparaison de celui-ci, le Champion de ma Sœur de Péché passera pour un grand benêt à qui l'on doit tout le temps tenir la main~
Elle n'avait pas peur de perdre son nouveau jouet. Le premier, rappelons le, n'avait point duré. Il n'avait même pas passé la nuit, contrairement au rônin masqué qui dépendait entièrement de sa succube. Grâce à un rituel démoniaque invoqué par son Maître, Notrös était un eunuque dont la verge ne se matérialisait qu'au contact de la vicieuse Rëko. Elle incarnait l'émergence de sa virilité et, par extension, son unique besoin lubrique.
Maurice Malné se plaça sur le rebord du lit de telle sorte à ce qu'elle puisse lorgner sur son intimité.
Rëko sentit monter en elle l'envie de le gober.
Ses yeux gourmands remontèrent doucement sur ce visage sombre et sérieux.
- Notrös ne m'est pas indispensable, rétorqua la succube. Il n'est rien de plus qu'un garde du corps que je compte bien user jusqu'à la corde. S'il ne tient pas la route, je le jetterais moi-même dans les douves après lui avoir sucé toute sa vigueur.
Son Maître entreprit de se relever.
- Vous ne devriez pas. Il est encore trop tôt...
Mais, à l'instar de n'importe quel homme d'affaires, sa patience était cruellement limitée. L'ordre émis claqua entre les oreilles de la succube. Le démoniste réclamait la présence de sa première Sœur de Péché. La petite pute à son engeance verte ! Les traits de Rëko se froissèrent un instant. Elle dut ranger ses mains dans le bas de son dos pour empêcher sa queue de diablesse de trop s'agiter en signe de nervosité.
Sauf que le monstre alité avait anticipé cette modeste poussée de jalousie. Sous couvert d'une curiosité mal placée, il ordonna à sa succube de grimper sur le lit et de poser un pied sur une de ses épaules.
- Oh, mais bien sûr !~
Ses ailes s'animèrent. Bien que petites, elles la soulevèrent au-dessous des poutres, l'amenant à se poser délicatement sur le rebord du lit. Rëko leva un pied, faisant comme demandé. Elle ressentit un frisson au moment où sa voûte plantaire entra en contact avec l'arrondi de cette épaule virile. Elle sentit également son sexe la picoter lorsque le regard du démoniste se posa dessus. La chaleur enfla en elle dès qu'il y inséra les doigts ! Rëko laissa échapper une sorte de miaulement excité. Elle avait rejeté la tête en arrière, sa queue noire enroulée d'amour autour du bras profanateur, ses ailes membraneuses s'étirant nerveusement derrière ses mèches blanches.
- Ç-ça coule entre vos doigts chauds ♥
Que rencontra-t-il en dehors de la moiteur de ses parois intimes ou de ce filet ardent qui s'accrochait obstinément à ses appendices ? Rien susceptible de le renseigner sur cet œuf qui prenait lentement forme dans une poche prévue à cet effet. Le sperme fermenté qui, en se mélangeant à sa magie de Wyvérienne, gagnait petit à petit en volume. Rëko finirait le ventre doucement arrondi, certes, mais le phénomène prendrait encore un peu de temps.
Pour le moment, la succube se sentait surtout gagnée par de sympathique petits vertiges.
- Aaaahh ♥
Sa voix, chargée d'un pouvoir lascif, renforça leur commun plaisir.
Rëko se vit contrainte de serrer les lèvres, retenant par la même occasion sa salive qui menaçait de déborder autant que le lubrifiant naturel de son autre orifice occupé.
- V-vous êtes sûr... de vouloir que j'aille la chercher ?
Elle ne l'était en rien. Car tout son corps désirait se coller à celui du démoniste. Elle l'avait baisé une fois. Elle pouvait le sauter à nouveau !
Mais dans ce cas là, il risquait probablement de...
- Huff !! N-non, vous avez raison, fit-elle en se soulevant, à contrecœur, hors de sa vilaine main. J'y cours, Maître Malné !
Rëko sauta du lit et se précipita vers la porte, laissant dans le sillage de ses petites fesses dansantes quelques gouttes d'un plaisir auquel elle avait dû renoncer.
A peine sortie de sa torpeur, la prêtresse aux gobelins fut escortée par celle qui l'en avait arrachée. Amanita Anthelme se servait de son sceptre pour claudiquer dans les couloirs. Rëko l'avait autorisée à le reprendre dans cet unique usage. La blonde ayant perdu le droit d'user de sa magie jusqu'à nouvel ordre. Honteuse et silencieuse, la tête basse, elle s'était abstenue de répondre aux provocations de sa Sœur de Péché tout au long du trajet. Rëko, telle une géolière, fut celle des deux qui poussa la porte menant aux appartements du démoniste. Elle la referma presque sur les pieds d'Amanita. Celle-ci se les emmêla, trébucha et tomba à plat ventre devant le lit de sa sinistre autorité.
- Tu es vraiment pathétique, ma pauvre petite sœur avec qui je ne partage pas grand-chose, pesta la Wyvérienne succubisée en secouant sa tête cornue. Relève-toi toute seule ! Sinon...
Amanita ne coula qu'un demi regard à sa main aux ongles griffus. Son front se plissa d'appréhension. Elle grimaça davantage en portant accidentellement son poids sur son genou abîmé. Un maigre gémissement franchit le pallier de ses lèvres sèches. Elle le ravala très vite, poussant maladroitement sur l'autre jambe afin de se remettre debout.
- Je...
Elle déglutit. Elle ressentait un mal fou à le fixer droit dans les yeux ! Non pas parce qu'il était nu mais parce que, très clairement, son envahissante présence l'intimidait plus que tout autre chose.
Cramponnée à son bâton, elle avait les épaules voûtées et le regard fuyant.
- Je vous dois... de nombreuses excuses.
Rëko, adossée contre la porte, renifla de mépris.
Et comment qu'elle lui en devait ! Qu'elle leur en devait !
La succube avait envie de la houspiller, de la brutaliser, de...
- J'ai échoué dans la mission que vous m'avez donnée et, le pire, c'est que je me suis retournée contre vous, résuma-t-elle d'une voix pâteuse. Mais je n'étais pas moi-même, et je pense que.... que vous le savez. Alors... si vous daignez m'accorder une dernière chance... peut-être que je pourrais... je pourrais... ?
Elle se mit à pleurer. A chaudes larmes. En terminant sur les genoux. Dont celui qui lui faisait toujours aussi mal ! Si mal qu'elle glissa de côté et bascula misérablement sur le flanc. Pauvre marionnette brisée à qui l'on a découpé les fils.