L'ombre secrète de Gotham [Dick Grayson]
Posté : 13 août 2026 23:50
La pluie tombait sur Gotham avec la régularité d’une condamnation. Elle frappait les gargouilles, ruisselait sur les vitres des tours Wayne et transformait les ruelles du East End en veines noires où les néons mouraient lentement. Depuis les hauteurs de Coventry, Helena Bertinelli observait la ville sans cligner des yeux, le manteau sombre plaqué contre ses épaules, une arbalète repliée contre sa hanche. Au loin, le signal n’éclairait plus les nuages. Il n’y avait plus de chauve-souris dans le ciel depuis des mois.
Batman était mort.
Gotham, elle, avait continué de respirer. Mal. Comme un animal blessé qui refuse de s’allonger. Les flics avaient renforcé les patrouilles, les gangs avaient changé de couleurs, les politiciens avaient prononcé des discours prudents sur l’ordre et la résilience. Mais dans les quartiers où les caméras ne fonctionnaient jamais très longtemps, un autre nom circulait désormais à voix basse.
Huntress.
Helena n’avait jamais demandé à hériter de la Bat-Family. Elle n’avait jamais été faite pour les réunions autour d’une table, les plans trop propres, les phrases de Bruce qui se terminaient toujours comme des verdicts. Elle avait grandi avec le sang, la trahison et la vendetta ; elle avait appris que le crime organisé ne craignait ni les prières ni les menaces, seulement ce qui pouvait le suivre dans l’ombre et lui rendre coup pour coup. Pourtant, quand le cercueil vide avait été descendu dans la crypte, quand Dick avait posé sur elle ce regard épuisé que personne ne voulait soutenir, Helena avait compris qu’on ne lui demandait pas d’être Batman. On lui demandait d’empêcher Gotham de se dévorer elle-même.
La première disparition avait été celle de Victor Sanz, dit le Sacristain, un tueur à gages des docks connu pour laisser des médailles religieuses dans la bouche de ses victimes. On avait retrouvé sa voiture moteur tournant sous un pont, portière ouverte, siège conducteur lacéré, pare-brise étoilé de l’intérieur. Pas de corps. Pas de témoin. Seulement une odeur de javel industrielle et une petite flaque de sang diluée par la pluie.
Deux nuits plus tard, les frères Kavanagh avaient disparu à leur tour. Trafiquants de Bliss, racketteurs de gamins, propriétaires d’un entrepôt où la police avait déjà trouvé trois cages et un dossier de mineurs disparus. Leur planque avait été retournée avec une précision chirurgicale. Les armes étaient restées sur place. L’argent aussi. Même les caméras avaient continué d’enregistrer jusqu’à 3 h 17, puis plus rien : dix-sept minutes de noir absolu, avant le retour de l’image sur une pièce vide.
Au GCPD, on avait appelé ça une guerre de gangs, mais Helena avait lu les rapports trois fois. Dans la Batcave, ou ce qu’il en restait depuis que le silence y avait remplacé la voix de Bruce, les écrans déroulaient les noms, les adresses, les casiers judiciaires et les relevés téléphoniques. Barbara avait piraté les archives municipales depuis la tour de l’Horloge. Tim avait croisé les plaques d’immatriculation avec les caméras de péage. Cassandra avait cartographié les zones de disparition à la main, parce que son instinct voyait parfois ce que les algorithmes ignoraient.
Sur l’écran central, les portraits des disparus formaient une mosaïque de monstres ordinaires. Meurtriers. Violeurs. Dealers. Passeurs. Hommes de main. Tous avaient échappé à la prison, à la balle, au procès ou à la mémoire de leurs victimes. Tous avaient disparu sans laisser de corps.
Helena s’approcha de la console et fit défiler les lignes de comptes, les sociétés écrans, les transactions lavées dans des acquisitions immobilières. Un nom revenait, enfoui sous suffisamment de filiales pour décourager un procureur : la Fondation Arkwood, ancienne société immobilière liquidée depuis dix ans, propriétaire de bâtiments condamnés dans les vieux quartiers sud.
Pas de dirigeants visibles. Pas d’employés déclarés. Des paiements trop réguliers à des entreprises de sécurité privées dissoutes avant même d’avoir existé. Des lignes de communication qui disparaissaient dans des serveurs fantômes. Et, surtout, une discipline. Aucune vantardise sur les réseaux criminels. Aucun murmure dans les bars de Burnley. Même les indics avaient des trous dans la voix quand Helena prononçait ce nom.
À 2 h 43, elle coupa la communication avec le reste de la famille, fixa le plan du complexe industriel enfoui sous les fondations du Vieux Gotham, puis elle rabattit sa capuche.
Je ne vais pas les arrêter. Je vais juste découvrir pourquoi ils ont peur.
Le complexe Arkwood n’apparaissait sur aucun plan récent. Officiellement il avait brûlé pendant les émeutes de No Man’s Land, puis muré, revendu, oublié. En réalité, ses fondations descendaient encore sous le Vieux Gotham, prises dans un lacis de tunnels de maintenance, d’anciennes voies de service et de caves si vieilles qu’elles semblaient avoir été creusées avant même que la ville porte un nom.
Helena entra par les égouts. Elle coupa une grille au chalumeau miniature, se glissa dans une conduite de drainage à moitié noyée et progressa sans lumière, guidée par les impulsions bleutées de son masque. Chaque respiration sentait la rouille, l’humidité et quelque chose d’organique qu’elle préféra ne pas identifier. Au-dessus d’elle, le tonnerre avait disparu. Ici, Gotham ne grondait plus : elle retenait son souffle.
Les premiers gardes apparurent au niveau moins trois. Pas des voyous. Pas des types nerveux avec des tatouages de gangs et des doigts trop proches de la gâchette. Ceux-là bougeaient en silence, par binômes, oreillettes dissimulées, gestes courts, armes maintenues basses. Une milice privée, pensa Helena. Ou quelque chose qui avait appris à en imiter les méthodes.
Elle les neutralisa sans bruit. Le premier s’effondra avant même d’avoir compris que l’ombre au plafond avait une forme humaine. Le second reçut le talon d’Helena dans la gorge, bascula contre une conduite et glissa au sol, les yeux révulsés mais vivant. Elle récupéra sa carte magnétique, son badge sans nom et un communicateur trop propre pour être honnête.
Derrière la première porte blindée, elle trouva les bureaux. Des écrans alignés, des registres papier, des plans de propriétés saisies par la ville. Tout avait l’apparence d’une entreprise criminelle patiente, méthodique, presque administrative. Des noms de juges. Des numéros de comptes. Des itinéraires de convois. Des listes de condamnés libérés pour vice de procédure. Helena photographia tout. Plus elle avançait, plus l’explication mafieuse tenait debout.
Puis elle entendit quelqu’un pleurer. Le son venait de derrière une porte métallique sans poignée, marquée seulement d’un chiffre peint en blanc : 12. Helena força le panneau d’accès, court-circuita le verrou et entra arbalète levée.
Les cellules s’étendaient sur deux rangées, séparées par un couloir humide. Des hommes et des femmes y étaient enfermés, amaigris, couverts de bleus, attachés à des lits de camp ou assis contre les murs, les yeux trop ouverts. Certains portaient encore les vestes coûteuses de caïds de Gotham. D’autres n’avaient plus que des chemises d’hôpital et des bracelets numérotés. Helena reconnut le Sacristain à la médaille tatouée sur son poignet. Il leva vers elle un visage creusé par la terreur.
« Sors-nous de là. Tu ne comprends pas. Ce ne sont pas des gangs. »
Helena sentit le premier vrai frisson de la nuit lui remonter entre les omoplates. Son oreillette grésilla. Pas un appel. Pas un signal de Barbara. Juste un souffle régulier, presque amusé, qui passa à travers la fréquence sécurisée comme si quelqu’un s’était installé dans son système depuis le début.
Puis les lumières s’éteignirent. Helena plongea sur le côté avant même que les portes ne s’ouvrent. Une rafale claqua dans le couloir, soulevant des éclats de béton là où sa tête se trouvait une seconde plus tôt. Elle répondit avec trois carreaux : genou, épaule, main. Trois silhouettes tombèrent. Deux autres avancèrent sans hésiter, boucliers levés, matraques électriques crépitant dans le noir.
Elle se jeta sur eux. Le combat devint une succession de chocs, de respirations arrachées, d’os heurtant le métal. Helena brisa une visière d’un coup de coude, planta un carreau dans le mécanisme d’un fusil, pivota sous une lame et envoya son adversaire s’écraser contre une cellule. Un criminel prisonnier hurla. Quelqu’un riait dans les haut-parleurs.
Helena arracha son grappin et visa la sortie, mais le plafond s’ouvrit. Un filet lesté tomba sur elle, renforcé de câbles métalliques. Elle trancha le premier, le second, sentit une décharge lui mordre les côtes. Ses muscles se contractèrent malgré elle. Un genou heurta son ventre. Une crosse s’abattit sur sa nuque. Elle resta debout.
Un des hommes commit l’erreur de s’approcher trop près. Helena lui brisa le nez d’un coup de front, récupéra son couteau et libéra son bras droit. Pendant quelques secondes, elle redevint ce que Gotham craignait encore : une silhouette violette et noire, furieuse, impossible à contenir. Mais ils étaient trop nombreux, trop coordonnés, trop préparés. Ils ne cherchaient pas à la tuer. Ils la guidaient. La forçaient à reculer vers une zone précise du couloir. Malheureusement elle comprit trop tard et le sol céda sous elle.
La chute fut courte, mais violente. Elle percuta une rampe, roula sur des marches de pierre, sentit son épaule se déboîter presque, puis s’arrêta contre une dalle froide. Au-dessus, une trappe se referma dans un bruit de tombeau. Helena essaya de se relever. Une botte écrasa sa main. Une aiguille pénétra la base de son cou, puis le monde se plia.
Quand Helena reprit connaissance, ce ne fut pas la douleur qui la réveilla, mais la lumière. Une lumière chaude, tremblante, presque ancienne. Des chandeliers. Des dizaines de chandeliers alignés sur les murs d’une vaste salle souterraine dont le plafond disparaissait dans l’ombre. La pierre était noire, polie par l’humidité et le temps. L’air sentait la cire, le sang séché et l’encens.
Elle voulut bouger. Les chaînes répondirent avant son corps.
Ses poignets étaient attachés au-dessus d’elle par des anneaux de fer scellés dans deux piliers massifs. Ses armes avaient disparu. Son masque aussi. Une douleur sourde battait dans sa nuque, mais son esprit se remit en place morceau par morceau : l’infiltration, les cellules, le piège, la voix. En face d’elle, dans la pénombre, plusieurs silhouettes attendaient. Immobiles. Trop droites. Trop calmes. Agacée, Helena se mit à leur crier dessus.
« Vous êtes qui, vous ? Qu’est-ce que vous me voulez ? »
Batman était mort.
Gotham, elle, avait continué de respirer. Mal. Comme un animal blessé qui refuse de s’allonger. Les flics avaient renforcé les patrouilles, les gangs avaient changé de couleurs, les politiciens avaient prononcé des discours prudents sur l’ordre et la résilience. Mais dans les quartiers où les caméras ne fonctionnaient jamais très longtemps, un autre nom circulait désormais à voix basse.
Huntress.
Helena n’avait jamais demandé à hériter de la Bat-Family. Elle n’avait jamais été faite pour les réunions autour d’une table, les plans trop propres, les phrases de Bruce qui se terminaient toujours comme des verdicts. Elle avait grandi avec le sang, la trahison et la vendetta ; elle avait appris que le crime organisé ne craignait ni les prières ni les menaces, seulement ce qui pouvait le suivre dans l’ombre et lui rendre coup pour coup. Pourtant, quand le cercueil vide avait été descendu dans la crypte, quand Dick avait posé sur elle ce regard épuisé que personne ne voulait soutenir, Helena avait compris qu’on ne lui demandait pas d’être Batman. On lui demandait d’empêcher Gotham de se dévorer elle-même.
La première disparition avait été celle de Victor Sanz, dit le Sacristain, un tueur à gages des docks connu pour laisser des médailles religieuses dans la bouche de ses victimes. On avait retrouvé sa voiture moteur tournant sous un pont, portière ouverte, siège conducteur lacéré, pare-brise étoilé de l’intérieur. Pas de corps. Pas de témoin. Seulement une odeur de javel industrielle et une petite flaque de sang diluée par la pluie.
Deux nuits plus tard, les frères Kavanagh avaient disparu à leur tour. Trafiquants de Bliss, racketteurs de gamins, propriétaires d’un entrepôt où la police avait déjà trouvé trois cages et un dossier de mineurs disparus. Leur planque avait été retournée avec une précision chirurgicale. Les armes étaient restées sur place. L’argent aussi. Même les caméras avaient continué d’enregistrer jusqu’à 3 h 17, puis plus rien : dix-sept minutes de noir absolu, avant le retour de l’image sur une pièce vide.
Au GCPD, on avait appelé ça une guerre de gangs, mais Helena avait lu les rapports trois fois. Dans la Batcave, ou ce qu’il en restait depuis que le silence y avait remplacé la voix de Bruce, les écrans déroulaient les noms, les adresses, les casiers judiciaires et les relevés téléphoniques. Barbara avait piraté les archives municipales depuis la tour de l’Horloge. Tim avait croisé les plaques d’immatriculation avec les caméras de péage. Cassandra avait cartographié les zones de disparition à la main, parce que son instinct voyait parfois ce que les algorithmes ignoraient.
Sur l’écran central, les portraits des disparus formaient une mosaïque de monstres ordinaires. Meurtriers. Violeurs. Dealers. Passeurs. Hommes de main. Tous avaient échappé à la prison, à la balle, au procès ou à la mémoire de leurs victimes. Tous avaient disparu sans laisser de corps.
Helena s’approcha de la console et fit défiler les lignes de comptes, les sociétés écrans, les transactions lavées dans des acquisitions immobilières. Un nom revenait, enfoui sous suffisamment de filiales pour décourager un procureur : la Fondation Arkwood, ancienne société immobilière liquidée depuis dix ans, propriétaire de bâtiments condamnés dans les vieux quartiers sud.
Pas de dirigeants visibles. Pas d’employés déclarés. Des paiements trop réguliers à des entreprises de sécurité privées dissoutes avant même d’avoir existé. Des lignes de communication qui disparaissaient dans des serveurs fantômes. Et, surtout, une discipline. Aucune vantardise sur les réseaux criminels. Aucun murmure dans les bars de Burnley. Même les indics avaient des trous dans la voix quand Helena prononçait ce nom.
À 2 h 43, elle coupa la communication avec le reste de la famille, fixa le plan du complexe industriel enfoui sous les fondations du Vieux Gotham, puis elle rabattit sa capuche.
Je ne vais pas les arrêter. Je vais juste découvrir pourquoi ils ont peur.
Le complexe Arkwood n’apparaissait sur aucun plan récent. Officiellement il avait brûlé pendant les émeutes de No Man’s Land, puis muré, revendu, oublié. En réalité, ses fondations descendaient encore sous le Vieux Gotham, prises dans un lacis de tunnels de maintenance, d’anciennes voies de service et de caves si vieilles qu’elles semblaient avoir été creusées avant même que la ville porte un nom.
Helena entra par les égouts. Elle coupa une grille au chalumeau miniature, se glissa dans une conduite de drainage à moitié noyée et progressa sans lumière, guidée par les impulsions bleutées de son masque. Chaque respiration sentait la rouille, l’humidité et quelque chose d’organique qu’elle préféra ne pas identifier. Au-dessus d’elle, le tonnerre avait disparu. Ici, Gotham ne grondait plus : elle retenait son souffle.
Les premiers gardes apparurent au niveau moins trois. Pas des voyous. Pas des types nerveux avec des tatouages de gangs et des doigts trop proches de la gâchette. Ceux-là bougeaient en silence, par binômes, oreillettes dissimulées, gestes courts, armes maintenues basses. Une milice privée, pensa Helena. Ou quelque chose qui avait appris à en imiter les méthodes.
Elle les neutralisa sans bruit. Le premier s’effondra avant même d’avoir compris que l’ombre au plafond avait une forme humaine. Le second reçut le talon d’Helena dans la gorge, bascula contre une conduite et glissa au sol, les yeux révulsés mais vivant. Elle récupéra sa carte magnétique, son badge sans nom et un communicateur trop propre pour être honnête.
Derrière la première porte blindée, elle trouva les bureaux. Des écrans alignés, des registres papier, des plans de propriétés saisies par la ville. Tout avait l’apparence d’une entreprise criminelle patiente, méthodique, presque administrative. Des noms de juges. Des numéros de comptes. Des itinéraires de convois. Des listes de condamnés libérés pour vice de procédure. Helena photographia tout. Plus elle avançait, plus l’explication mafieuse tenait debout.
Puis elle entendit quelqu’un pleurer. Le son venait de derrière une porte métallique sans poignée, marquée seulement d’un chiffre peint en blanc : 12. Helena força le panneau d’accès, court-circuita le verrou et entra arbalète levée.
Les cellules s’étendaient sur deux rangées, séparées par un couloir humide. Des hommes et des femmes y étaient enfermés, amaigris, couverts de bleus, attachés à des lits de camp ou assis contre les murs, les yeux trop ouverts. Certains portaient encore les vestes coûteuses de caïds de Gotham. D’autres n’avaient plus que des chemises d’hôpital et des bracelets numérotés. Helena reconnut le Sacristain à la médaille tatouée sur son poignet. Il leva vers elle un visage creusé par la terreur.
« Sors-nous de là. Tu ne comprends pas. Ce ne sont pas des gangs. »
Helena sentit le premier vrai frisson de la nuit lui remonter entre les omoplates. Son oreillette grésilla. Pas un appel. Pas un signal de Barbara. Juste un souffle régulier, presque amusé, qui passa à travers la fréquence sécurisée comme si quelqu’un s’était installé dans son système depuis le début.
Puis les lumières s’éteignirent. Helena plongea sur le côté avant même que les portes ne s’ouvrent. Une rafale claqua dans le couloir, soulevant des éclats de béton là où sa tête se trouvait une seconde plus tôt. Elle répondit avec trois carreaux : genou, épaule, main. Trois silhouettes tombèrent. Deux autres avancèrent sans hésiter, boucliers levés, matraques électriques crépitant dans le noir.
Elle se jeta sur eux. Le combat devint une succession de chocs, de respirations arrachées, d’os heurtant le métal. Helena brisa une visière d’un coup de coude, planta un carreau dans le mécanisme d’un fusil, pivota sous une lame et envoya son adversaire s’écraser contre une cellule. Un criminel prisonnier hurla. Quelqu’un riait dans les haut-parleurs.
Helena arracha son grappin et visa la sortie, mais le plafond s’ouvrit. Un filet lesté tomba sur elle, renforcé de câbles métalliques. Elle trancha le premier, le second, sentit une décharge lui mordre les côtes. Ses muscles se contractèrent malgré elle. Un genou heurta son ventre. Une crosse s’abattit sur sa nuque. Elle resta debout.
Un des hommes commit l’erreur de s’approcher trop près. Helena lui brisa le nez d’un coup de front, récupéra son couteau et libéra son bras droit. Pendant quelques secondes, elle redevint ce que Gotham craignait encore : une silhouette violette et noire, furieuse, impossible à contenir. Mais ils étaient trop nombreux, trop coordonnés, trop préparés. Ils ne cherchaient pas à la tuer. Ils la guidaient. La forçaient à reculer vers une zone précise du couloir. Malheureusement elle comprit trop tard et le sol céda sous elle.
La chute fut courte, mais violente. Elle percuta une rampe, roula sur des marches de pierre, sentit son épaule se déboîter presque, puis s’arrêta contre une dalle froide. Au-dessus, une trappe se referma dans un bruit de tombeau. Helena essaya de se relever. Une botte écrasa sa main. Une aiguille pénétra la base de son cou, puis le monde se plia.
Quand Helena reprit connaissance, ce ne fut pas la douleur qui la réveilla, mais la lumière. Une lumière chaude, tremblante, presque ancienne. Des chandeliers. Des dizaines de chandeliers alignés sur les murs d’une vaste salle souterraine dont le plafond disparaissait dans l’ombre. La pierre était noire, polie par l’humidité et le temps. L’air sentait la cire, le sang séché et l’encens.
Elle voulut bouger. Les chaînes répondirent avant son corps.
Ses poignets étaient attachés au-dessus d’elle par des anneaux de fer scellés dans deux piliers massifs. Ses armes avaient disparu. Son masque aussi. Une douleur sourde battait dans sa nuque, mais son esprit se remit en place morceau par morceau : l’infiltration, les cellules, le piège, la voix. En face d’elle, dans la pénombre, plusieurs silhouettes attendaient. Immobiles. Trop droites. Trop calmes. Agacée, Helena se mit à leur crier dessus.
« Vous êtes qui, vous ? Qu’est-ce que vous me voulez ? »
