Estia, une flamme sans foyer.
Posté : 23 mai 2026 21:41
DC de Ren Sato
Tout le monde était là. Le gourou, sa femme, ses fidèles. Elle aussi était présente, je la sentais, elle observait, elle attendait que je l'appelle pour que notre contrat se réalise. Elle dont on avait volé un de ses précieux temples, lieu où avait été élevée une fausse divinité, qu'on disait être sa réincarnation. Lieu dont on avait souillé l'essence même de ses attributs divins pour en faire un endroit d'emprisonnement mental et de déperdition. Comme les six années précédentes, on venait à m'attacher avec des cordes rouges au pied de l'autel, ayant remplacé le brasero initial, les fidèles adultes attendant la fin des fausses prières du gourou pour qu'ils puissent goûter à l'offrande que j'étais cette nuit. Heureusement les enfants n'étaient pas là, ils étaient dans une autre pièce avec des femmes chargées de les surveiller, de les occuper pour qu'ils ne découvrent pas ce qui allait se passer.
On avait allumé des bougies sur les murs. Si personne ne percevait Sa présence, les flammes de certaines bougies ondulaient voire s'éteignaient aux mensonges qui étaient proférés par la voix de cet homme. Tout le temple se mettait doucement à voir sa température monter, la présence divine venant à se préparer à m'assister et à signaler subtilement aux fidèles que cette nuit la descente d'Hestia ne se passerait pas comme les fois précédentes.
Alors qu'il n'était qu'à la moitié de ses récits, les liens qui me retenaient se défaisaient, comme n'ayant plus de raison de restreindre le foyer dont j'avais pris la place depuis toute petite. Je pris une profonde inspiration en laissant mon corps se relever. Elle me susurrait à l'oreille ce que je devais faire, me rappelant le prix de cette libération.
"Assez", dis-je d'une voix calme mais autoritaire.
J'étais dans un état second, ce qui laissait croire au Gourou que j'avais juste dérapé un peu de mon conditionnement, il venait à dire qu'Hestia était enfin descendu, le coupant dans son élan.
"Vous n'avez jamais parlé à une déesse."
Le gourou semblait commencer à s'énerver, mais quand il croisa mon regard, il se figea. Que pouvait-il faire face à une humaine possédée par une véritable déesse, lui qui n'était qu'un humain souhaitant avoir une vie de richesse et de dépravation ?
"Je ne suis pas votre déesse, mais votre souhait n'était pas mauvais."
La foule semblait s'agiter, le temple venant petit à petit être repris par la déesse, non par la violence, mais par l'énonciation de vérité qui ne pouvait être rejetée facilement.
"Pendant longtemps, vous m'avez regardé comme des enfants voient une mère…"
Estia garda quelques secondes de silence avant de continuer.
"Tout comme moi… je vous vois comme ma précieuse famille. Cependant… Une maison prépare au départ, elle n'enferme pas ses enfants… Si mon amour est grand, il reste humain."
L'homme à côté de moi semblait vouloir me frapper, tentant certainement une dernière fois de garder son rôle de dirigeant, c'est à ce moment que la déesse se permit de me confier une infime portion de son pouvoir.
"Ce foyer n'appartiendra plus à la peur, mais à la chaleur et au réconfort."
Le gourou se figea dans son geste comme incertain de ce qu'il comptait faire. Les fidèles y virent un autre signe, cette secte n'avait plus de sens d'exister. La déesse qu'ils vénéraient n'était qu'une humaine qui avait été manipulée comme les autres. Si j'avais découvert la vérité, cela n'était que par l'intervention de la déesse qui avait profité d'un des moments où j'étais contrainte à la transe pour me dévoiler la vérité, ayant attendu d'être suffisamment mûre pour supporter la vérité sans m'effondrer instantanément.
La foule vint à se désorganiser, il n'y avait plus le noyau divin que je représentais. Certains se mirent à partir sans se retourner, de honte, d'autres coupables de ce qu'ils m'avaient fait subir en pensant que j'étais un être liminal Certains se bagarraient pour tenter de trouver un sens à leurs vies, enfin certains refusaient, pour le moment, de croire que je n'étais pas un être surnaturel. Tous cependant se mirent à regarder le gourou avec des yeux de colère Je n'intervins pas, c'était impossible dans mon état, sentant la faiblesse dévorer mon corps et luttant pour ne pas trébucher.
En l'espace d'une quinzaine de minutes, il ne restait plus que dix personnes, quelques enfants trop jeunes pour comprendre qu'un cauchemar leur avait été évité, ne voyant qu'une "grande sœur" un peu pâle Il y avait aussi des adultes, deux femmes ayant toujours été là pour assister aux rituels et aux purifications, honteuses de leurs méfaits, voulant quémander le pardon et étant trop faibles pour franchir le seuil de ce temple. Les hommes présents étaient encore hésitants entre la vénération et l'horreur de la vérité. Je fis un grand effort, les enlaçant tous en murmurant que tout allait bien se passer maintenant, les inondant de cette douceur qui n'avait jamais quitté mon être, les apaisant par ce contact connu et chaleureux.
Les jours qui suivirent, les rites de purification se poursuivirent pour moi, plongeant mon corps dans un lac souterrain glacé, transpirant dans la salle servant pour les transes, la chaleur étant suffocante. Je le sentais, le prix d'Hestia faisait doucement son office. Je n'avais déjà plus les souvenirs de ceux qui avaient quitté le temple, leurs visages, leurs noms, ce qu'ils m'ont fait, tout cela avait été consumé. Chaque journée un pan de ma mémoire était réduit en cendre, le procédé était doux, miséricordieux dans un sens. Je ne me rappelais plus de mon prénom, chaque fois qu'un fidèle m'appelait, je sentais que c'était moi que l'on nommait, mais ma mémoire refusait de conserver cette information.
Quand la dernière femme décida de partir avec les enfants, le pacte divin fut définitivement scellé au bruit de la porte qui se referma, me laissant seule, à côté de ce brasero qui brûlait, n'y sentant pas la chaleur mais un froid qui venait de l'intérieur. La fausse déesse avait cessé d'exister.
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Le bruit de la porte me fit sursauter. Qu'est-ce que je faisais ici ? Qui j'étais ?
"Estia"
C'était mon prénom, tout du moins le prénom qui résonnait en moi comme une onde chaleureuse. L'endroit ressemblait à un lieu de culte, un nom me vint en tête en voyant le brasero.
"Hestia"
Sans doute la divinité qui était liée à cet endroit. Ma mémoire était comme une salle dont on avait condamné les fenêtres, plongée dans une obscurité qui me faisait froid dans le dos. Une autre pensée éclaira temporairement ces ténèbres.
"J'ai payé un prix divin… pour le bien de ceux qui m'étaient chers."
Cette pensée me tirait des larmes, pourquoi je pleurais pour des personnes dont je n'avais aucun souvenir ? Je ne pus me retenir de pleurer et gémir, le son se réverbérant sur les murs. J'avais consommé mon existence, tout du moins je le pensais. Pourtant, au fond de mon être, je ne sentais pas de peine, un soulagement… c'était sans doute que je n'avais eu aucun regret, si c'était pour des êtres importants, peut-être avais-je même proposé de sacrifier ma vie, mais la divinité avait refusé.
Quand le son d'une cloche se fit entendre dehors, mon corps m'appelait à aller dans une pièce, naviguant dans cet endroit inconnu, mon corps se rappelait du chemin. J'aboutissais à un sous-sol où il y avait une grande surface d'eau, mon corps me disait de me rafraichir, venant à défaire mes vêtements et à plonger dans l'eau glaciale. Le froid mordait ma peau, mais elle était apaisante. Je comprenais rapidement que si ma mémoire me faisait défaut, mon corps, lui, se rappelait les routines, comment s'apaiser, mon corps était mon seul guide face à l'amnésie.
Sortant de l'eau, je vis un manuscrit, laissant mon corps sécher naturellement et touchant ensuite ce papier. Ses lignes, cette écriture, c'était la mienne, je le sentais.
"Si tu lis ceci, c'est que tu as certainement tout oublié de notre passé. Je ne peux te dévoiler ton passé, le pacte avec la divinité l'effacera de ta mémoire.
Je peux cependant te parler de ton pacte, certaines lignes tout du moins.
Tu ne pourras pas loger plus d'une semaine dans le temple, une fois la perte de mémoire totale, ou tout autre lieu de résidence, car tel est ton châtiment pour avoir voulu te faire passer pour ce que tu n'étais pas.
Ta nature n'a pas changé, tu restes humaine, la divinité n'ayant fait que préserver des éléments en rapport avec ton dévouement. Le temps n'aura plus d'emprise sur ton corps, c'est à la fois un don et une malédiction qu'elle t'a cédés. Ta nature douce et aimante sera elle aussi préservée, mais elle n'a pas tenu à m'informer comment.
Si tu t'étais emportée, comme je le pensais, tu dois savoir qu'à présent tu devras limiter ta colère, car cela pourrait te coûter bien plus que tu ne le crois."
Tout cela semblait bien mystique, mais si c'était l'ancienne moi qui l'avait écrit, c'est qu'il y avait une raison, d'autant que je remarquais qu'elle avait pris soin d'éviter de trop en dire, sans doute la perte de mémoire affectait bien plus que je ne le pensais. En tout petit sur la lettre, il était marqué un endroit, je ne connaissais pas le nom, mais je savais où il se situait.
Je pris la direction de ce qui semblait être ma chambre, un espace circulaire avec un lit dans lequel on pouvait loger facilement trois familles. En fouillant la commode et la penderie, je compris un peu plus quel était mon rôle. Certains avaient un attrait mystique, d'autres plus intime. Ma main se posa directement sur un ensemble blanc et bleu, c'était la tenue dont la lettre me parlait.
Je n'eus aucune difficulté de la porter, le corps savait s'y prendre. Je saisis un petit sac, dedans il y avait tout pour le voyage. Des pièces du territoire où le village résidait, un set de rechange pour des travaux aux champs, quelques denrées résistant au temps. Une fois prête, je regardais une dernière fois cette pièce. Tous ces miroirs, il n'y avait aucune intimité, c'était autant ma chambre que certainement l'endroit où la débauche était la plus forte.
Quand je vins à forcer pour ouvrir les portes du temple, la nuit était bien présente. Je vins à saisir la petite lampe, infusant de la magie pour qu'elle s'illumine. Je marchais vers la sortie du village, venant à me retourner et murmurer.
"Au revoir, village dont je ne me souviens plus du nom, au revoir vous que j'ai aimé jadis, puisse Hestia vous apporter ce que mon moi jadis a souhaité."
Informations
(caché par le pacte avec Hestia)
Nom : (Couronne)(caché par le pacte avec Hestia)
Prénom : Estia (Lys)
Âge : 24 ans
Race : Humaine (Réceptacle divin temporaire)
Origine : Terra
Pouvoirs
Medium : Estia a toujours eu une sensibilité, pouvant voir et entendre les esprits, ainsi que les êtres tapis dans l'ombre. Elle est sensible à la possession et peut se mettre en état de transe aisément.
Foyer errant :
Souvenir ardent :
Cendre chaude résiduelle :
Tison cendrée (passif) :
Tison cendrée (embrasement) :
Dans cet état anormal, elle entre en transe, lui conférant une voix qui est calme, mais énonce une vérité inébranlable.
Ce sort attaque, non pas la personne, ne cherchant pas à imposer une volonté de paix sur le corps, mais la raison d'être de l'action qu'Estia désapprouve de tout son être. Cela causera un temps d'hésitation, de doute, de réflexion ou de résurgence d'humanité, mais n'empêchera jamais un coup d'être porté si la personne décide de continuer malgré cette perte de raison d'être, bien que cela reste suffisant pour le commun des mortels.
Cet embrasement anormal causera par la suite, sur Estia, des nausées, pouvant aller jusqu'à un état d'affaiblissement important, ayant elle-même consumé ses sentiments et son énergie pour lancer ce sort.
Cet embrasement est visible, ses yeux devenant comme illuminés d'un bleu surnaturel, son corps étant entouré d'une aura violacée, ses cheveux et ses vêtements ondulant sous l'effet d'un vent invisible.




