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Le poids de la famille [Ft. Clan Viscarion]

Posté : 03 févr. 2026 19:38
par Kalima Maestre
Eh bien, voilà qui est fort embêtant.

La liste des crimes que Kalima a commis est étonnamment longue, il faut se le dire. Du meurtre patricide au vol à l'étalage, en passant par l'indécence publique, le vandalisme, la possession et la vente de substances illégales, et même du tapage nocturne - vous ne serez pas étonnés d'apprendre qu'elle n'est pas du genre à s'adonner à des activités intimes de manière discrète - la métisse est clairement une criminelle d'expérience malgré son jeune âge. Et le plus beau dans tout ça, c'est qu'elle a toujours réussi à s'en tirer. En fuyant la scène avant de se faire prendre, en jouant la comédie pour en blâmer un autre, ou en usant de ses charmes et de son sang noble pour lever les accusations, elle a toujours su échapper aux grandes mains de la justice, qui n'ont jusqu'ici jamais pu la serrer dans leur étouffante étreinte.

Mais toute bonne chose a une fin, comme il est dit, et même le talent de Kalima pour l'évitement leste de toute conséquence légale a apparemment ses limites. Des limites autrement rendues plus absurdes par le fait qu'elle ne s'est pas faite attraper pour meurtre, pour distribution de drogues, pour vol ni même pour indécence publique, mais pour un crime purement accidentel, et encore plus absurde qu'elle n'a l'habitude d'en commettre.

Voyez-vous, la veille au soir, la jeune bourgeoise itinérante a enfin atteint la ville de Tour Royale, la Lumen de Mijak, la perle du Domaine, cette capitale régionale où la dignité et la noblesse des Viscarii s'expriment en hauteur, aussi bien métaphorique que très littérale ; une étape importante dans son long voyage, où l'objectif principal est de s'éloigner tranquillement de Braavos, idéalement en faisant le tour de toutes les cités qui pourraient receler une quelconque source d'amusement pour elle. Tour Royale, de toute évidence, n'est pas exactement le centre de la débauche, puisqu'elle est habitée d'une large population de nobles avec des balais profondément ancrés dans le derrière, mais elle demeure une large cité, et comme toutes les villes de cet acabit, elle ne manque pas d'opportunités pour se relâcher. Il suffit de savoir comment les chercher - et Kalima a un don inné pour ce genre de chose.

Utilisant ses talents de détective en herbe et sa capacité à interroger les âmes les plus insalubres qui se cachent dans les ruelles d'une telle cité, trouver l'endroit où terminer sa soirée en beauté a été un véritable jeu d'enfant. Ce lieu s'avéra être l'Auberge du Dragon Rose, une institution vieille de plus d'un siècle, se spécialisant dans la dépravation et le vice, ouverte à tous - autant les citoyens de basse classe que les nobles en quête de plaisirs honteux, tant qu'ils sont en mesure de payer et de garder ce qui se passe dans l'Auberge à l'intérieur de l'Auberge. Ce n'est pas pour rien que l'expression « sauf une fois au Dragon Rose » est devenue populaire parmi la population locale. C'est un centre culturel de grande importance, dont tous un chacun connaissent la véritable nature, mais qui est de facto protégé par une entente implicite entre ses clients et les forces de l'ordre. On peut voir l'Auberge comme une sorte d'éponge à problèmes, un lieu stratégiquement placé pour contenir à lui seul les vices combinés des citoyens de Tour Royale, et auquel les autorités ne portent aucune attention tant et aussi longtemps que ces dits vices n'en débordent pas de manière impossible à décemment ignorer. Un véritable centre local pour les âmes en quête d'un peu de je-ne-sais-quoi pour pimenter leur soirée, l'agrémentant d'un parfum d'alcool, de drogues, de jeux et de sexe.

L'endroit idéal, donc, pour que Kalima y écoule sa nuit et y trouve une chambre, soit en la louant elle-même, soit, idéalement, en empruntant celle d'un autre client. Ou de plusieurs autres clients. Et c'est bien ce qui est arrivé, au bout d'une soirée enlevante et explosive, durant laquelle la belle métisse mêla tous les plaisirs possibles, se produisant sur scène en usant de sa magie illusoire de manière libérale, ou empruntant le poteau de métal érigé en son centre pour s'afficher en une danse sensuelle et étonnamment technique, que seule une personne aussi souple et agile qu'elle puisse espérer accomplir. Elle absorba des substances légales autant qu'interdites, par la bouche, par le nez et même par les yeux - et elle a presque failli en tester une en suppositoire, à vrai dire, mais son attention fut détournée juste à temps par le début d'une bagarre qui se transforma d'ailleurs inexplicablement en orgie. Bref, ce fut une soirée mémorable... enfin, au sens métaphorique. En vérité, elle était plutôt du genre à ne laisser que des souvenirs confus et décousus, mais tout de même largement plaisants.

La jeune descendante de Démons a-t-elle été victime d'un raid surprise par les forces de l'ordre, vous demanderez-vous alors ? A-t-elle été surprise en train d'ingérer une drogue expérimentale, ou en train de se dénuder en lieu public ? Est-ce qu'elle a, accidentellement ou pas, brisé le nez d'un noble rancunier, ou causé une scène d'adultère au sein d'un couple qui se croyait soudé, ou peut-être même glissé l'appendice au bout de sa queue dans un orifice dont le propriétaire n'avait pas (encore) explicitement exprimé son consentement ?
Tout cela s'est très probablement produit à un moment ou à un autre (à l'exception d'un raid qui, comme nous l'avons établi, serait fort inusité en ces lieux) - mais ce n'est pour aucune de ces raisons pourtant très valables qu'elle a fini derrière les barreaux.

Non, la véritable raison est à la fois plus ridicule et plus simple que tout cela. Ce n'est pas lors de sa soirée qu'elle a commis le fait irréparable, mais le lendemain matin. Voyez-vous, Kalima s'est éveillée bien trop tôt pour son propre bien, frappée par inadvertance par les mouvements de son voisin de couche - une couche, il faut le dire, habitée par beaucoup trop de gens à la fois. À moitié endormie, assaillie par une migraine incroyable, la gorge sèche et la bouche pâteuse, la pauvre jeune dame, à moitié habillée, s'est dirigée vers les latrines de l'Auberge, dans le but très compréhensible de vider une vessie depuis trop longtemps ignorée. Malheureusement pour elle, les latrines de son étage se sont trouvées condamnées - saccagées, semble-t-il, par les activités un peu trop enjouées d'un couple de mages, qui a décidé de se faire l'amour de manière figurativement et littéralement explosive, et ce, sans prendre la peine d'atteindre leur chambre. Une occurrence tristement fréquente au Dragon Rose, à vrai dire.

Irritée et désespérée, sa migraine s'accentuant et son besoin de se vider se faisant de plus en plus vif, Kalima n'a même pas songé à la solution évidente, c'est-à-dire à tenter d'aller aux latrines du rez-de-chaussée, ou même à celles de l'étage supérieur. Non, à la place, pour une raison qui lui échappe désormais complètement, la jeune métisse s'est inspirée de ses partenaires masculins et de leur utile appendice, qui leur permet d'uriner n'importe où à leur guise. Ouvrant la fenêtre de sa chambre, elle dirigea ses besoins vers l'extérieur, usant de son pouvoir pour se fabriquer une espèce de tuyau improvisé qui, stratégiquement placé dans son intimité, permit au liquide doré de s'écouler sans dégât dans le vide. Franchement, sur le coup, Kalima s'est trouvée drôlement maligne, et cette manière absurde d'imiter ses congénères masculins eut le mérite de ponctuer une matinée désagréable d'un peu d'amusement enfantin.

Tout cela n'aurait été qu'une petite anecdote puérile et légèrement lubrique, si seulement elle avait pris la peine de regarder dehors avant d'y diriger ses besoins. Malheureusement, aussi maligne soit-elle, notre jeune héroïne, à l'esprit encore à moitié engourdi par une panoplie de substances fusionnées à un évident manque de sommeil, n'a pas eu cette idée salvatrice et, par conséquent, il s'avère que son urine est bêtement tombée en plein sur la tête d'un noble de passage, qui avait de surcroît choisi de ne pas porter de chapeau en cette chaude matinée.

Les choses se sont passées vite à partir de ce moment. Ledit noble n'avait pas l'intention de laisser passer cet affront, même en connaissant la réputation libidineuse de l'établissement ; il dépêcha rapidement deux membres de la garde locale qui, malgré leur désir habituel de ne pas se mêler des affaires du Dragon Rose, n'ont pas eu d'autre choix que de lui obéir, par peur de perdre leur travail. Trouver la chambre de Kalima et y pénétrer n'était pas une affaire bien compliquée, et lorsqu'ils ouvrirent une porte qui n'était même pas verrouillée, ce fut pour trouver la dame encore à moitié nue, au milieu de ses partenaires endormis, jouant avec son « tuyau urinaire » comme une gamine excitée par une découverte tenant du génie. Difficile pour elle, dans de telles conditions, de blâmer l'un des mâles endormis, surtout que son esprit ralenti, sous l'effet de la surprise, ne réussit pour une rare fois pas à formuler une excuse vraisemblable.

Compte tenu de son propre statut de noble, on lui laissa la grâce de s'habiller, mais cette fois-ci, son indécence n'a pas pu être simplement balayée, sa victime insistant pour qu'elle soit punie. Elle fut escortée jusqu'à la prison locale, où on confisqua temporairement son havre-sac avant de la jeter derrière les barreaux. Sa noblesse ainsi que sa féminité lui permirent d'avoir une cellule individuelle plutôt que d'être placée avec d'autres criminels, mais ce fut là la dernière grâce qu'on lui accorda. Du reste, on lui indiqua qu'elle pourrirait sur place jusqu'à ce que son cas soit traité, ce qui pourrait prendre de plusieurs heures à plusieurs jours. Naturellement, elle a plaidé pour payer son amende aussitôt, avec une large somme supplémentaire s'il le faut, et cela aurait peut-être fonctionné en d'autres circonstances, mais encore une fois, malheureusement, il a fallu que son urine tombe sur la tête d'une personne trop importante pour que ses tactiques habituelles ne portent fruit.

Et c'est là, chers lecteurs, que nous retrouvons donc notre pauvre Kalima. Enfermée, pour la première fois de sa vie, derrière d'épais barreaux de fer, et ce, pour le crime le plus léger et inconséquent qu'elle ait jamais commis - aussi répugnant soit-il. Si l'idée d'user de sa magie pour se tirer de sa situation précaire lui a maintes fois traversé l'esprit, notre jeune Braavienne préférée a au moins la sagesse de s'en retenir, histoire de ne pas aggraver son cas. Après tout, elle reste une membre de la famille Maestre, bien qu'elle déteste avoir à invoquer son nom ; et une dame qui a des liens aussi puissants avec la Banque de Fer ne saurait rester en prison bien longtemps, faute d'avoir commis un meurtre... Ce qui est son cas, bien sûr, mais ce n'est pas là la question, puisque personne n'est au courant de la chose, fort heureusement.

Couchée sur le banc de roc qui fait office de « lit » en ces lieux lugubres et humides, couvant un mal de tête lancinant ainsi qu'une rage justifiée envers sa propre bêtise, Kalima, les dents serrées, attend donc que quelqu'un prenne la peine de traiter son dossier, en espérant que cela sera fait aussi rapidement que possible. Elle ne prend même pas la peine de continuer de plaider son cas aux gardes postés à l'entrée de la salle des cellules, sachant pertinemment que son charisme naturel sera ici inutile, surtout compte tenu des conditions ridicules ayant mené à son arrestation. Difficile, après tout, de charmer un homme lorsque celui-ci nous imagine en train de pisser par la fenêtre. À moins que cela fasse partie de ses fétiches, bien sûr, mais c'est une possibilité que Kalima est trop fatiguée pour tenter d'exploiter.

Le seul bruit qui s'échappe de ses lèvres, alors, est une série de soupirs, ponctuée par quelques râles plaintifs et, à une occasion, par un rot plus bruyant que prévu. Elle digère encore les événements de la veille, après tout, aussi bien mentalement que physiquement, alors difficile de lui en vouloir à ce niveau.
Et elle écoule ainsi les heures, marinant dans son inconfort, s'endormant parfois pour quelques instants avant de s'éveiller en sursaut, soit à cause du cri d'un autre prisonnier, soit simplement parce que ce qui lui sert de couche est tout bonnement invivable. Si elle n'était pas vêtue d'une jolie robe qui jure violemment avec le genre d'endroit où elle se situe, on pourrait presque la prendre pour une criminelle commune, une simple prostituée droguée attrapée au détour d'une ruelle, surprise avec une pipe dans la bouche ou une bite dans la main, ou inversement.

Il va sans dire que la famille Maestre semble, à cet instant précis, être tombée bien bas.

Re: Le poids de la famille [Ft. Clan Viscarion]

Posté : 09 févr. 2026 01:48
par Clan Viscarion
Tour-Royale ! Capitale du Domaine Viscarion, elle aurait pu prétendre à être la capitale de l’Empire. Ville immense et cosmopolite, elle était située au bord de l’océan, et était le point de départ ou d’arrivée de l’une des plus grandes routes commerciales de l’Empire, mais aussi de Terra, en allant de Mijak à Lumen, et en traversant les grandes villes de l’Empire. Des caravanes marchandes partaient ou arrivaient de là. Capitale des arts, de la poésie, de l’argent, Tour-Royale était une cité horizontale et verticale, un spectacle visuel époustouflant ! Dominant depuis le ciel, la Tour Platine était la demeure ancestrale des Viscarii. Mélange d’humains et de divins, les Viscarion régnaient sur ce monde.

C’est à l’aube qu’on leur annonça que la personne que suivait Darion avait été arrêtée à l’auberge du Dragon-Rose. De tous les Viscarion, tout le monde savait que Darion était le cérébral. Là où son grand-frère Rhaetor était un héros de guerre, Darion agissait dans l’ombre. Un calculateur, un fourbe, un sournois, mais un homme redoutable, qui était à la tête du service des Renseignements des Viscarion. Darion avait appris qu’une jeune femme originaire de Braavos était arrivée dans la capitale, une Maestre. Il savait aussi que cette jeune femme, Kalima, était recherchée par les autorités de la Banque de Fer pour avoir provoqué la mort de son père. Tout cela intéressait beaucoup Darion, qui avait donc demandé à l’un de ses espions de la surveiller. Il avait appris qu’elle s’était rendue au Dragon-Rose, une auberge connue pour ses frasques, pour l’alcool spécial qu’elle servait, utilisant de la magie rose et des élixirs aphrodisiaques pour multiplier les orgies.

Ce matin, donc, on conduisit un messager jusque dans la chambre de Darion. Ce dernier était encore au lit, et on comprit vite pourquoi. Quand le messager arriva dans la chambre de Darion, il rougit en voyant qu’il était au lit, embrassant tendrement le dos nu de sa nièce, Daenerys Viscarion. Celle qui était destinée à épouser l’Empereur était la Viscarii la plus populaire du clan. Elle était aussi l’une des rares personnes sur Terra capables de perturber Darion.

« Je… Messire Darion, je…
- Eh bien ? s’agaça Darion. Pour quelle raison venez-vous perturber vos Dieux, Officier ? »

Ledit officier rougit en voyant les seins de Daenerys. Darion l’embrassait en remontant sur son dos, puis l’embrassa dans le creux du cou. Leur lit était située sur une estrade, surplombant ainsi l’entrée. Chaque Viscarion disposait d’une chambre avec un plafond très haut. Peu pratique pour le chauffage, mais qui permettait à leurs dragons de dormir. Ces chambres disposaient ainsi d’une porte-fenêtre gigantesque avec des vitraux. Tout Viscarii avait son propre dragon.

« Je crois qu’il ne s’attendait pas à me voir, mon cher oncle…
- Moi, je crois qu’il a envie de fourrer sa queue en toi, ma chère Dany… »

Daenerys gloussa. L’officier ne savait plus où se mettre. Il finit par tendre une note de renseignement. Jaillissant alors depuis le sommet d’un meuble, un petit dragon attrapa la note, surprenant l’officier. Le dragonnet déposa la note sur le lit, et s’y posa. Daenerys lui sourit, et caressa ce dernier. Le dragonnet émit un léger sifflement en battant des ailes, puis la jeune femme attrapa la note.

« Mon cher oncle, cette note vous informe que la femme que vous suivîtes… A été appréhendée pour des faits d’exhibitionnisme et d’outrage aux bonnes mœurs.
- Voilà qui est fâcheux…
- Elle aurait… Uriné sur un notable de passage. »

Daenerys gloussa lentement. L’affaire avait dû être bien gênante pour ce gentilhomme ! Darion aurait sans doute espéré une manière plus sérieuse de rencontrer la jeune femme, mais c’était toujours mieux que rien. Darion finit par se relever. L’officier fit coulisser son regard vers le sexe de son seigneur. Darion se dirigea vers une table basse, et attrapa une pomme, puis croqua dedans.

« Ordonnez au commandant de la prison de conduire cette jeune femme dans un salon, nous allons la rejoindre… Bientôt. »

L’officier acquiesça, puis sortit en s’inclinant. Dany’ se redressa un peu.

« Nous, cher oncle ? demanda celle-ci.
- Je pense qu’elle devrait te plaire… Mais je n’en ai pas encore fini avec toi, ma chère nièce.
- Quelle vigueur, cher oncle ! »

Darion finit sa pomme, et jeta le trognon, avant de retourner vers le lit. Il attrapa le doucereux menton de Dany’, l’embrassa tendrement, et la poussa contre le lit tout en la rejoignant. Près d’eux, le dragonnet battit des ailes pour s’éloigner…

Plus tard
Poste de prison Est de Tour-Royale


Le dragon de Daenarys jaillit en l’air, attirant les regards et les cris de joie de bien des badauds. C’était un magnifique dragon blanc… Ou, plutôt, une dragonne blanche. L’élégante dragonne tournoya en l’air, survolant le fort urbain. Sa dragonne se posa ensuite majestueusement, tandis que toute la garnison était sortie au garde-à-vous. Le Commandant était là. Il expliqua que, suite à leur demande, la prisonnière avait été conduite dans un salon situé en hauteur, dans la tour principale du fort. Elle avait donc été aux premières loges pour voir Daenerys se poser. Portant une élégante robe blanche avec une cape, le style de Daenerys, virginal, tranchait avec les vêtements noirs que Darion portait.

Ils furent rapidement conduits dans le salon, où un page avait fait monter un plateau d’argent avec des fruits et du pain.

« Bonjour, Dame Maestre, et bienvenue à Tour-Royale. Je m’appelle Darion Viscarion, et voici ma nièce, Daenerys Viscarion.
- Enchantée, Dame Maestre.
- Pour ne rien vous cacher, il est rare que je vienne chercher mes invités en prison. On peut dire que vous savez vous faire remarquer, ma chère. »

Re: Le poids de la famille [Ft. Clan Viscarion]

Posté : 09 févr. 2026 06:36
par Kalima Maestre
Kalima venait tout juste de s'assoupir lorsque le grincement horrible accompagnant l'ouverture de la porte de sa cellule l'éveilla en sursaut. Elle se redressa un peu trop rapidement sur son séant et, portant une main à son visage en réponse à la douleur qui palpita derrière ses yeux en conséquence, regarda tout de même entre ses doigts pour voir entrer un membre de la garnison. Celui-ci se plaça droit devant elle et, après un bref instant de flottaison où aucun des deux ne bougea, comme attendant de voir la réaction de l'autre, lui tendit finalement la main en un geste quelque peu hésitant. Surprise, la Braavienne retira la sienne de son joli minois et l'y déposa doucement, avant que le garde ne l'aide à se lever avec une déférence qu'on ne lui avait guère prêtée à son arrivée.

- Eh bien, que me vaut cette gentillesse soudaine ?, demanda la bourgeoise d'une voix empreinte d'amusement, sa curiosité prenant rapidement le pas sur sa gueule de bois, lui redonnant quelque peu du poil de la bête.

- Vous êtes priée de nous accompagner au salon, Dame Maestre, répondit-il sur un ton égal. Vous y serez rejointe sous peu.

- Oh ? Par qui donc ?

L'homme ne lui répondit pas, se contentant visiblement d'attendre qu'elle ne le suive de son propre gré - une autre amélioration certaine, en comparaison avec la manière dont elle avait été traînée de force à peine quelques heures plus tôt. Affichant une moue enfantine face à cette absence de réponse, la jeune dame finit par lui prendre le bras, comme s'il s'agissait d'un ami l'accompagnant lors d'une promenade tout ce qu'il y a de plus mondaine, ce qui ne manqua pas de provoquer un malaise visible sur le visage du pauvre garde pris au dépourvu. Cependant, comme Kalima l'avait escompté, il ne fit aucun geste pour l'en empêcher ; décidément, elle était désormais traitée en bonne et due forme. Cette entité mystérieuse ayant réclamé sa présence devait être d'une autorité considérable pour provoquer un changement d'attitude si drastique.

- Je vous suis, très cher, dit-elle sur un ton résigné et quelque peu dramatique.

Et c'est naturellement ce qu'elle fit, chers lecteurs, bien que vous ne serez certainement pas surpris d'apprendre qu'elle décida également, en chemin, de pousser sa chance jusqu'à demander qu'on lui redonne son havre-sac. Malheureusement, on lui refusa, très poliment mais fermement, ce privilège, lui assurant que sa possession était en sécurité, et qu'elle lui serait certainement remise à la conclusion de cette rencontre. Bonne joueuse, Kalima se retint de remarquer qu'elle n'avait pas besoin de son sac magique pour être un danger envers quiconque la visitait. Quand on pose pied dans la cité des dragons, il vaut peut-être mieux ne pas trop chercher à jouer avec le feu ; même un être de son caractère particulier était au moins doté de ce brin de sagesse.

On l'accompagna donc en hauteur, lui faisant grimper une quantité étonnante de marches, pour la mener jusqu'à une pièce que la métisse ne s'attendait certainement pas à trouver dans un poste de prison. Lorsque le garde avait mentionné un « salon », elle pensait avoir affaire à un euphémisme étrange, mais en réalité, le terme était plus qu'adéquat. En fait, il était peut-être même un peu faible. La pièce, élégamment décorée et meublée au goût du jour, était dotée de deux larges canapés aux tissus richement teintés d'ocre rougeoyant et de pattes autour desquelles s'enlaçaient de petits dragons intrinsèquement taillés dans un bois de qualité. Entre les deux sofas était placée une table d'une qualité tout aussi remarquable, sur laquelle était posé un plateau d'argent couvert de victuailles qui lui firent aussitôt envie. Malgré son appétit ainsi éveillé, cependant, ce fut ce qui se trouvait au-delà qui attira le plus son regard ambré : deux portes largement fenêtrées, déjà ouvertes, donnant sur un joli balcon marbré, idéal pour admirer la ville depuis les hauteurs. Relâchant le bras de son accompagnateur, Kalima s'y dirigea aussitôt, autant pour profiter de la vue que pour enfin avaler goulûment un brin d'air frais.

- Vous serez rejointe sous peu, répéta le garde, mais la jeune femme au teint basané l'ignorait déjà, et ne remarqua même pas qu'il se posta près de la porte pour continuer de la surveiller.

Elle écoula les minutes suivantes en contemplant la beauté de Tour Royale, qui lui avait quelque échappée la veille, toute pressée qu'elle était de trouver un défouloir pour ses plus bas instincts. L'idée de profiter de cette surveillance minimale pour s'enfuir par la voie des airs lui traversa naturellement l'esprit, mais encore une fois, elle se retint pour quelques raisons ; la plus évidente étant qu'elle ne désirait pas particulièrement finir sur une liste de criminels recherchés par les Viscarii, mais il y avait aussi le fait que, dans son état, elle n'était à vrai dire pas entièrement confiante en sa capacité à user de sa magie pour une évasion aussi risquée. Dans tous les cas, la dame ne regretta pas du tout sa décision car elle fut, effectivement, extrêmement bien placée pour voir ce que l'avenir lui réservait, sous la forme d'un magnifique dragon blanc, pourfendant les airs avec grâce, sur le dos duquel ses yeux perçants devinèrent deux formes humaines. La noble bête se posa hors de sa vue, mais ses oreilles aiguisées perçurent sa proximité.

Des Viscarion, ici ? Kalima jubilait intérieurement. Leur présence ne pouvait pas être un hasard ; et tout à coup, l'étrange complaisance avec laquelle elle avait été escortée prenait tout son sens. Ils sont là pour moi, sans nul doute. Mais pourquoi ? Ils n'auraient pas fait tout ce chemin simplement pour me libérer, quand bien même mon nom évoquait un tel respect, songea-t-elle en rejoignant de nouveau le salon. Bah, qu'importe ! Si ses instincts ne la trompaient pas, elle aurait ses réponses bien assez tôt. Alors, plutôt que de perdre du temps à émettre des hypothèses, la bourgeoise se matérialisa plutôt un miroir plein pied devant elle, ce qui ne manqua pas de faire écarquiller de surprise les yeux du garde qu'elle ignorait encore. Ces visiteurs de marque ne tarderaient certainement pas à arriver, alors elle employa les grands moyens pour se mettre à son meilleur jour, invoquant une petite panoplie d'objets flottants pour remettre de l'ordre dans ses cheveux, nettoyer et retoucher son maquillage abîmé par la décadence de la veille, et ajouter quelques détails essentiels à sa tenue, qu'elle avait fort heureusement bien choisie, surtout compte tenu des circonstances initiales de son arrestation.

Son imagination débordante lui permit d'accomplir tout cela en un temps record, et lorsque les deux Viscarion pénétrèrent dans le salon, les objets magiques de Kalima s'étaient déjà envolés, la laissant bien plus propre sur elle-même qu'elle ne l'avait été à son arrivée. Sa robe comportait un haut en chemisette blanche, ouverte de manière à lui offrir un décolleté léger, auquel elle avait ajouté des fioritures délicatement colorées mêlant motifs floraux et ailés, en l'honneur des nouveaux arrivés ; elle se suivait par un corset violet, tenu fermé non plus par de simples boutons, mais par un loquet d'argent en forme de dragon ; et elle se terminait par une longue jupe de la même couleur, ourlée de façon à ce que le tissu semble s'abattre en deux vagues ondulées sur les côtés, et dont le centre, lui, était maintenant affublé de dessins argentés complétant avec élégance ceux du haut. En somme, la cornue avait mis les bouchées doubles pour accueillir Darion et Daenerys comme il se devait, et le sourire serein et confiant qu'elle afficha dès leur arrivée révéla aisément qu'elle avait complètement retrouvé ses aises, du moins en apparence. La jeune effrontée à moitié nue ayant vidé sa vessie sur la tête d'un notable semblait déjà bien loin derrière elle. Elle les accueillit comme il se devait, effectuant une révérence Braavienne sans faille, inclinant le haut du corps tout en soulevant délicatement les coins de sa robe.

- Messire... Ma dame, les salua-t-elle poliment, avant de relever la tête, une étincelle espiègle au regard. Votre visite est à la fois un insigne honneur, une immense surprise, et un plaisir plus grand encore.

Regard qui ne se gêna pas pour détailler Darion, et surtout Daenerys, avec une bonne humeur mêlée d'une appréciation vorace. Ses pupilles fendues lui donnaient, comme c'était régulièrement le cas, quelque peu l'air d'une prédatrice fascinée par son prochain repas, et même la haute noblesse des gens qu'elle contemplait à l'instant ne faisait rien pour amenuir cette impression. Son sourire creusait de petites fossettes dans ses joues ornées de petites pierres, qu'elle avait pris la peine de maquiller subtilement elles aussi, donnant l'impression d'être des bijoux incrustés dans sa chair, tandis que sa queue ondulait calmement derrière elle. Ses invités, dit-il ? Voilà qui rendait l'objet de cette visite encore plus intéressant que prévu.

Elle osa s'approcher, ce qui ne manqua pas de rendre le garde nerveux, surtout quand elle tendit la main ; mais plutôt que de déclarer son propre arrêt de mort en commettant un acte stupide contre la famille la plus puissante de l'Empire, elle accomplit plutôt le geste bien plus raisonnable de se saisir délicatement de la main de Daenerys afin d'en bénir le dos du contact léger de ses lèvres agencées à sa robe.

- Vous me pardonnerez les circonstances quelque peu particulières de notre rencontre, minauda-t-elle en se redressant, coulant son regard joueur de la nièce à l'oncle. Il semble que j'eusse été victime d'un terrible malentendu, dont je prends néanmoins l'entière responsabilité. Mais passons ; vous dites être venu me chercher, Messire Darion ?

Elle se pencha légèrement vers l'avant, observant le seigneur avec la tête inclinée de côté comme une chatte curieuse, joignant poliment les mains dans son dos. Cherchait-elle donc à se donner un air pur et innocent de jouvencelle ? Ce serait difficile, puisque les Viscarion étaient vraisemblablement bien au courant de la raison de son incarcération. Non, chers lecteurs, si votre dévoué narrateur avait à deviner, il se risquerait plutôt à dire qu'elle mettait ainsi astucieusement en valeur sa poitrine, car l'innocence ne fait pas partie des qualités de Kalima, et la seule pureté qui l'habite est celle de ses nombreux vices.

- Si c'est pour m'escorter ailleurs, sachez que je suis tout à fait ouverte à me faire remarquer de nouveau, cette fois-ci sur le dos de votre auguste compagnon ailé. ~

Re: Le poids de la famille [Ft. Clan Viscarion]

Posté : 16 févr. 2026 01:45
par Clan Viscarion
Daenerys se fit rapidement la réflexion que, pour une prisonnière, Kalima était très propre… Trop propre pour que ce soit anecdotique. Les prisons viscarii restaient comme n’importe quelle prison, des endroits mal entretenus, puants, et où on finissait donc vite sale, en ayant droit à un minimum d’hygiène et de confort. Kalima Maestre ne semblait de plus pas si perturbée que ça de s’être retrouvée en prison. Elle portait une robe, et non un uniforme de prisonnière, robe au demeurant doté d’un agréable décolleté. Une robe bien trop propre pour avoir fait un tour en prison. Aucun doute possible, cette Kalima devait maîtriser la magie ! Il n’y avait pas cinquante manières d’expliquer ce tour de force, après tout. Daenerys nota également le regard de Kalima sur elle, détaillant chacune de ses formes. Aucune gêne pour Dany’. Sa beauté était connue d’elle et des autres. Elle avait de quoi concurrencer le « Joyau de Sylvandell », et on la surnommait même « le Joyau Viscarii ». Sa beauté en faisait naturellement l’une des Viscarion les plus populaires, le tout se couplant à sa grande bonté d’âme. Daenerys était la Viscarion qui n’hésitait pas à se rendre dans les bas-fonds, à marcher dans la boue et à s’immerger dans les taudis pour se rendre dans les orphelinats.

Katima indiqua avoir été victime d’un malentendu, et signala qu’elle était prête à changer d’endroit, surtout si cela impliquait de chevaucher sur la dragonne de Dany’. Très clairement, la jeune femme n’avait pas sa langue dans sa poche ! Darion en sourit doucement, plus amusé qu’il ne l’aurait cru. Les rapports avaient dépeint Katima comme une femme plutôt énergique. Il pouvait confirmer qu’elle avait du mordant, ce qui n’était pas pour lui déplaire.

« Un… Un malentendu, dites-vous ? Je pense que Sire Arnaud de La Grosjardière n’en dirait pas autant.
- Je ne vous conseille pas de répéter ce malentendu sur ma douce Neige, Dame Maestre. Elle peut se montrer susceptible. »

Daenerys s’assit face à Kalima, sur un fauteuil, et attrapa une pomme. Elle croqua dedans. On avait en effet entreposé sur une table basse des fruits et un peu d’alcool issu de la caserne. Autrement dit, du vin de bas étage.

« Avant d’envisager de vous conduire jusqu’à la Tour Platine, chère Madame, je dois d’abord m’assurer que nous avons des intérêts mutuels. »

Tout en disant cela, Darion s’assit sur un autre fauteuil, et croisa les jambes. Si Dany’ était en face de Kalima, ce serait bien Darion son principal interlocuteur. Daenerys ne semblait s’être mise là que pour perturber Kalima, ce qui avait généralement tendance à bien marcher. La beauté était une force d’attraction irrésistible.

« Si mes renseignements sont exacts, vous êtes Katima Maestre. Vous êtes originaire de Braavos, et vous êtes la fille de Thalima Maestre et d’Amias Maestre. Votre père est mort, mais cela, vous le saviez déjà, même si vous ne portez pas le deuil. Je sais aussi que celui-ci avait bien du mal à vous trouver un époux, et envisageait par votre mariage de consolider la position de son clan au sein de Braavos. Une mort qui n’a pas encore été élucidée. Je sais aussi que, avant de partir, vous avez dilapidé sans raison la fortune familiale de votre maison, en vendant à des prix dérisoires les possessions laissées par votre père. Quand on accumule tout ça, on se dit qu’il y a probablement un lien entre la regrettable mort de votre père et votre volonté de ruiner votre famille, ou de la quitter. Cependant… »

Darion se tut pendant quelques instants, avant de reprendre :

« Je ne vous conduirai pas à la Tour Platine si j’estime que vous êtes une menace potentielle. Les gardes de votre maison, les serviteurs, tous confirment qu’ils n’ont vu entrer personne. Comment vous y êtes-vous prise, pour le tuer ? »

Darion pouvait lui aussi se montrer très direct quand il le voulait…

Re: Le poids de la famille [Ft. Clan Viscarion]

Posté : 17 févr. 2026 06:30
par Kalima Maestre
Avec un léger gloussement empreint d'amusement pour la remarque de Daenerys vis-à-vis de sa dragonne, Kalima suivit son mouvement et s'installa naturellement en face de la Viscarii. Elle ne manqua pas de noter mentalement le nom de cette belle bête qu'elle espérait sincèrement pouvoir chevaucher - une possibilité qui n'avait pas été écartée, nota-t-elle. Mais elle contint sa jubilation, quand bien même ne demandait-elle qu'à sortir. Devant des nobles d'un tel acabit, même notre fidèle métisse était capable de faire preuve d'un brin de retenue et de... disons, de professionnalisme, même s'il s'agit définitivement là d'un terme extrêmement étrange à lui prêter. Toujours est-il qu'elle croisa les jambes, révélant sans gêne une partie de ses cuisses bronzées, avant de se pencher légèrement pour attraper une grappe de raisins. Puisque le Joyau de Tour Royale n'hésitait pas à manger devant elle, elle ne se gênerait pas non plus... Et alors qu'elle portait un petit fruit à sa bouche, elle plissa légèrement les yeux de satisfaction. Non seulement était-il parfaitement sucré, mais en plus, il soulageait doucement sa soif, plus urgente que sa faim.

Malheureusement, bien qu'elle se serait fort volontiers contentée d'observer Daenerys tout en se demandant si celle-ci avait aussi bon goût que les raisins qu'elle dégustait, ce n'est pas elle qui s'adressa à Kalima, mais bien son oncle. La bourgeoise tourna donc son attention vers lui avec un brin de regret, écartant sa grappe de raisins après en avoir savouré un dernier, afin de déposer sagement ses main sur ses genoux, lui accordant toute son écoute. Ce fut quelque peu difficile, la beauté de la future impératrice suffisant à créer un certain déficit de l'attention à elle seule, mais les propos de Darion étaient suffisamment intéressants pour qu'elle surmonte cette épreuve. Me conduire à la Tour Platine ? Cela veut dire que je vais assurément voler aujourd'hui ! Décidément, ma chance finit toujours par me sourire. Ce petit passage en prison n'était qu'une courte épreuve à subir, et m'en voilà déjà amplement récompensée. ~ Elle pourrait presque pardonner Sire Arnaud de La Grosjardière d'avoir gâché sa matinée, maintenant qu'une telle opportunité se présentait à elle.

Kalima leva légèrement le menton en regardant l'homme s'asseoir à sa diagonale, un sourire contenté aux lèvres. Celui-ci ne vacilla pas à la mention d'Amias, mais quelque chose dans son regard félidé changea imperceptiblement. Un être aussi observateur que Darion verrait aisément qu'elle n'aimait pas entendre ce nom, même si elle maîtrisait très bien ses expressions. Son jeu d'actrice tint bon même lorsqu'il mentionna son absence de deuil, faisant légèrement accélérer les battements de son cœur. Va-t-il suggérer que... Non, je dois me faire des idées.

Sauf que, malheureusement, chers lecteurs, Kalima ne se faisait pas d'idées du tout. Voyez-vous, elle s'était imaginée que Darion allait sous-entendre qu'elle était responsable de la mort de son géniteur. Une pensée tout à fait absurde, car elle avait été acquittée de ce crime officiellement il y a plusieurs années, et plus personne ne lui en avait parlé depuis. Et pourtant, ses mots se dirigeaient de plus en plus inéluctablement dans cette direction, aussi invraisemblable que cela aurait pu lui paraître quelques minutes plus tôt. Et finalement, il posa sa question finale, qui tomba sur sa poitrine avec tout le poids d'une tombe. Kalima encaissa le coup avec bravoure, mais ça ne l'avait certainement pas laissée de marbre. Son sourire perdit de sa superbe, et se réduisit jusqu'à ne plus montrer de dents. Elle ne fronça pas des sourcils, ne bougea pas, ne montra aucun choc, mais son immobilité en elle-même était parlante. Même sa queue se raidit derrière elle.

Quelques lourdes secondes s'écoulèrent avant que la métisse, avec un calme que démentait silencieusement son cœur palpitant, ne se penche de nouveau vers l'avant pour se servir un verre de piquette. Elle le porta à ses lèvres sans quitter Darion des yeux, écoulant quelques brefs instants supplémentaires avant de le déposer en claquant légèrement la langue.

- Je ne vous ferai pas l'affront de vous mentir en pleine face, cher Messire. Une étincelle brillait encore dans son regard, mais elle ne véhiculait plus la joie. Était-ce plutôt un brin de... défi ? Alors, permettez-moi de clarifier plusieurs choses d'un même coup, afin que nous puissions rapidement passer à un sujet plus agréable.

Kalima leva doucement la main vers Darion, et ses yeux ambrés furent furtivement habités d'une lueur surnaturelle, à peine visible dans cet éclairage diurne mais belle et bien présente. Aussitôt, cinq lames de lumière dorée se manifestèrent dans les airs, apparaissant du néant pour remplir un espace qui était jusque-là indéniablement inoccupé. Les lames, toutes pointées vers Darion, formaient un arc, sur l'axe duquel elle tournaient paisiblement, tout en gardant leur « cible » apparente en mire. Le garde, paniqué, dégaina sa propre lame et s'avança de plusieurs pas, mais il dut s'immobiliser quand l'une des épées de lumière quitta son axe pour venir se placer devant lui avec une vitesse désarmante, sa pointe orientée vers sa gorge.

- Malheureusement, je suis sans l'ombre d'un doute une menace potentielle, car voici précisément comment je m'y suis prise. Enfin, pour être entièrement franche, les lames étaient bien plus nombreuses à ce moment-là. Vous devrez me pardonner ce petit détail ; je ne suis pas présentement habitée de la même passion dévorante qui m'a possédée lors de cet événement.

Un sourire espiègle revint flotter sur les lèvres violettes de Kalima. D'un mouvement de l'index, comme pour leur indiquer de la joindre, elle fit doucement revenir toutes les lames à elle, de façon à ce qu'elles soient désormais toutes pointées vers sa propre personne. Le garde poussa un léger soupir de soulagement mais demeura aux aguets, ne sachant plus quoi faire. Devait-il l'arrêter, ou la laisser se suicider devant eux...? Ces fichus mages le laissaient toujours confus.

- Cela étant dit, vous pouvez être sûrs d'une chose, nobles Viscarion, et c'est que je ne suis pas idiote au point de gâcher l'opportunité de vous être utile. Je sais reconnaître une menace voilée quand je l'entends... Et je sais aussi quand elle cache une promesse implicite. Vous ne comptez pas utiliser cet incident contre moi et, pareillement, je n'oserai jamais poser un véritable danger envers vous.

Elle claqua des doigts rien que pour l'effet théâtral de la chose, et toutes les lames, obéissant à sa volonté muette, s'enfoncèrent dans sa chair en même temps. Le garde écarquilla les yeux avec un petit hoquet de surprise. Elle s'était vraiment suicidée devant eux, cette folle...!

Bien sûr, chers lecteurs, vous vous douterez que ce n'était là qu'un petit subterfuge enlevant et dramaturgique. Fidèle à elle-même, Kalima avait flirté sur la frontière du danger, osant donner l'apparence d'une menace envers Darion Viscarion lui-même... Sauf que, par son geste, elle révéla qu'il n'avait effectivement jamais été en danger en premier lieu. Voyez-vous, les lames n'eurent en réalité aucun effet sur elle. Elles la traversèrent sans la pénétrer, et aucune goutte de sang ni aucun odieux bruit de pénétration n'accompagnèrent l'événement, divulguant ainsi leur caractère entièrement intangible, irréel. Elles n'étaient de toute évidence qu'illusions, et alors qu'elle se penchait pour reprendre sa coupe de vin, elles se dissipèrent avec une pointe de flair grandiloquent, s'évaporant dramatiquement en fine poussière dorée, même si elles auraient tout aussi bien pu simplement disparaître aussi subitement qu'elles étaient apparues.

- Alors, suis-je une menace en ce sens que j'ai la capacité d'être dangereuse pour quiconque erre dans mon environnement immédiat ? Certes. Comme je vous l'ai dit, je vous mentirai pas, et c'est là l'honnête vérité. Je suis ce que les intellectuels se plaisent à nommer une « conjuratrice », et ma spécialité innée réside en la formation d'objets à partir du néant. Ou de simples illusions, comme vous avez pu le constater à l'instant. La bourgeoise impudente glissa une petite gorgée de vin entre ses lèvres, puis agita doucement le liquide légèrement aigre dans son gobelet. Mais je n'aurais aucun intérêt à être une menace envers vous, mes Seigneurs. Un tel acte serait insensé, et représenterait pour moi la manière la plus rapide de tout perdre, quand bien même parviendrais-je à vous pourfendre avant que l'un de vos dragons ne me rôtisse sur place, ce qui n'est certainement pas garanti...

Elle émit un bref gloussement de jouvencelle, clair et musical comme un carillon, donnant presque une impression de pureté qui ne collait certainement pas avec la petite démonstration qu'elle venait d'achever, et ramena de nouveau ses mains sur son genou après avoir éloigné sa coupe, affichant une expression où se mêlaient l'innocence pétillante d'une jeune fille et la férocité joueuse d'une panthère folichonne.

- De plus, sur une note plus personnelle, votre nièce et vous êtes trop agréables à mes sens pour que j'envisage de vous faire le moindre mal. Pas sans votre consentement, en tout cas. ~

Re: Le poids de la famille [Ft. Clan Viscarion]

Posté : 23 févr. 2026 01:27
par Clan Viscarion
Dos au mur, Kalima ne chercha pas à nier. Elle reconnut implicitement avoir commis un parricide. Il en fallait un peu plus pour choquer les Viscarion. Darion cilla à peine quand Kalima lui montra ses pouvoirs. Elle était visiblement née pour l’assassinat ! Elle générait des lames lumineuses.

« C’est… Très impressionnant… Je peine à croire qu’une femme aussi efficace ait pu finir en prison pour des motifs aussi absurdes. On dirait presque que vous souhaitiez que nous nous rencontrions.
- C’est donc comme ça que vous avez tué votre père… Je ne sens pas beaucoup de remords chez vous.
- Pour autant que je le sache, Amias n’est pas un père qui joue sur la carte affectueuse… Ou qui jouait, plutôt. Il aimait beaucoup l’argent, comme tous les Braaviens. »

Daenerys fit une légère moue. Il y avait chez Kalima un étonnant contraste entre sa candeur affichée et ses pouvoirs, comme si deux personnalités se trouvaient en elle. Pouvait-on se fier à elle ? Quelqu’un qui était capable de tuer son géniteur était capable de tout. Darion le savait aussi bien que Dany’. Mais, que cette femme soit fiable ou non, elle restait pour l’heure leur alliée dans la lutte qui s’annonçait autour de la Banque de Fer. Amias avait été l’un des administrateurs et actionnaires de la Banque de Fer. Kalima s’était efforcée de vendre toutes les actions qu’elle détenait d’Amias. Darion avait suivi cela de très près. Cette jeune femme avait tenté de fuir un passé dont on ne pouvait jamais s’échapper.

Prenant son temps, Darion prit un peu de café, et avala une gorgée.

« Si nous souhaitions vous incarcérer, nous ne serions pas là, jeune demoiselle. Aussi discutable que puisse être votre geste, Amias était ce que je considère comme un adversaire politique de ma famille. En vendant ses parts sociales à droite et à gauche et en provoquant sa mort, vous avez indirectement causé une crise interne au sein de la Banque de Fer. C’est pour cela que je vous surveillais. J’ai pris cette décision dès que vous avez commencé à céder les actions d’Amias, en fait. Vos cessions étaient absurdes, d’un strict point de vue économique. Mais elles ont semé un beau bazar. »

Daenerys poursuivit sur la veine de son oncle :

« La Banque de Fer est une structure très importante, Madame Maestre. Elle est la plus puissante banque du monde. On dit qu’elle fut fondée par les nains il y a longtemps. Son organisation interne est assez tentaculaire, et nous nous intéressons de près à la Banque de Fer.
- Nous souhaitons avoir votre appui, Madame Maestre, dans la bataille qui s’annonce autour de la Banque de Fer et du camp qu’elle s’apprête à soutenir. Mais, avant de vous en dire plus… Je souhaite savoir quelles sont vos motivations, quelles sont les raisons qui vous ont poussé à rejoindre le Domaine Viscarion. Vous n’êtes tout de même pas venue ici avec pour seul objectif d’uriner sur ce qui passe sous votre fenêtre… »

Re: Le poids de la famille [Ft. Clan Viscarion]

Posté : 02 mars 2026 05:13
par Kalima Maestre
Les mains sur le genou et un joli sourire aux lèvres, Kalima écouta les raisons de cette rencontre possiblement fortuite avec une grande attention. Ainsi, ce qui intéressait ses nobles interlocuteurs était avant tout ses liens avec la Banque de Fer. Cela l'étonna quelque peu, et l'un de ses sourcils se haussa à la mention de son appui. Darion a lui-même admis qu'il la surveillait de loin depuis toutes ces années - qu'il était dans une excellente position pour savoir qu'elle tentait présentement de fuir son passé à Braavos, pas de remuer de vieux couteaux dans des plaies qui venaient à peine de se fermer.

Honnêtement, chers lecteurs, la pauvre bourgeoise dû prendre sur elles-mêmes pour ne pas carrément soupirer au visage des beaux Viscarion, et si elle y réussit, ce fut bien parce qu'ils lui plaisaient malgré tout. Elle attrapa sa coupe d'une main pour y faire de nouveau tourner le vin médiocre, l'observant brièvement comme s'il pouvait lui donner des conseils alors que Darion finissait de parler. Ses motivations, mmh ? L'arcade sourcilière de Kalima se détendit quelque peu, et elle retrouva une expression de bonne humeur contrôlée. Souviens-toi, Kalima. Une faveur donnée aux Viscarion est une future dette qu'ils auront envers toi. L'une des familles les plus puissantes de ce monde s'intéresse spécifiquement à moi... Et les chances sont très réelles pour qu'ils me laissent grimper sur le dos d'un dragon.

C'était peut-être ce dernier détail qui lui importait le plus, à vrai dire. Pour la jeune dame, c'était un rêve d'enfance qui présentait très invraisemblablement la subite et tangible occasion de se réaliser dans un futur très proche. Kalima n'était certainement pas du genre à cracher sur les opportunités que la vie lui présentait.

- Si j'avais vu que vous souhaitiez me rencontrer, disons que j'aurais commis un crime un peu plus intéressant. Cette ville ne manque pas d'objets précieux et magiques à voler... Mais passons. Avant de sauter au vif du sujet, je souhaite d'abord clarifier une chose qui me tient à cœur. Elle se penche légèrement vers l'avant. Je n'ai pas assassiné Amias comme vous semblez le penser. Contrairement à ce que vous croyez, nobles Viscarion, il était très affectueux. Seulement, sa façon d'exprimer son affection consistait à me rosser jusqu'à ce que ma belle peau basanée en devienne bleu et mauve. Ce jour-là, j'ai refusé de me marier à sa convenance, et il a choisi de me montrer encore une fois à quel point il m'aimait. Ma magie a quant à elle choisi ce moment précis pour se manifester pour la toute première fois. En somme, je n'ai eu aucun contrôle sur ce qui s'est passé ce jour-là. Si j'avais vraiment planifié de tuer mon géniteur, je me serais bien mieux débrouillée. Faire passer sa mort pour un accident aurait été un bien meilleur plan que de prétendre à l'apparition et la disparition inexplicables d'un assassin intraçable.

Ce n'était pas ce qui leur importait le plus à l'instant, elle le savait bien, et ils ne cherchaient même pas particulièrement de justification de sa part. Visiblement, même en pensant que Kalima avait commis l'acte volontairement, Darion était tout de même intéressé au point de se présenter à elle. Seulement... Malgré les circonstances absurdes l'ayant menée en prison, la jeune démone était loin d'être incompétente, et il aurait été frustrant pour elle de laisser une telle impression à ses hôtes. Quand bien même eut-elle pissé sur la tête d'un notaire.

- Cependant, je ne nierai pas que son décès fut en quelque sorte le début de ma vraie vie. Cette journée fatidique pourrait aussi bien être la plus belle de ma vie, avec le recul. Voilà pourquoi je n'éprouve pas grand remord. Elle gloussa légèrement, redéposant sa coupe à laquelle elle n'avait véritablement plus envie de boire. Quant à ce qui vous amène vraiment ici... Je ne suis pas certaine de savoir en quoi je pourrai vous être utile vis-à-vis de la Banque de Fer. Mais si vous croyez vraiment que je peux l'être, messire Darion, alors je vous appuierai avec plaisir. Je ne pourrais pas dire non à deux aussi belles paires d'yeux, surtout compte tenu de leurs propriétaires.

Ses motivations, ses motivations, hmm... Kalima chercha une façon poétique ou intéressante de les formuler, mais elles étaient en vérité diablement simples.

- Pour répondre à votre question, mes motivations sont... de profiter pleinement de tout ce que le premier volet de ma vie enfermée dans un manoir m'a refusé. Je veux rencontrer des gens, partir à l'aventure, savoir ce que c'est d'aimer, ce que c'est d'avoir le cœur brisé. Je veux jouer, combattre, rire, pleurer et baiser. Je veux être libre, nobles Viscarion. Je veux vivre.

Son sourire se fit un peu plus chaleureux, un peu plus sincère. La mention de ce qui l'amenait ici mettait du baume à son cœur. Oui, même en prison, en comparaison avec ce manoir de malheur, elle était libre. De toute façon, elle aurait pu s'échapper à sa convenance, si les Viscarion n'étaient pas venus la visiter.

- Vis-à-vis de ma présence dans votre magnifique Tour Royale, et votre Domaine en général, eh bien, elle a de multiples raisons, toutes en lien avec le souhait que je viens d'énoncer. Premièrement, presque tous les chemins menant à l'extérieur de l'Empire passent par ici. Si je veux explorer le monde en passant par la terre ferme plutôt que l'océan, alors visiter vos villes est une étape logique. Je pourrais les éviter et gagner quelques jours, mais pourquoi le ferais-je ? Voyager seule peut être terriblement aliénant, et je prends avec plaisir chaque occasion de me mêler à la civilisation. Ensuite, Tour Royale est une ville digne, une ville noble, mais elle a ses faces cachées, et... j'adore révéler ce qui se cache derrière les masques, des villes comme des gens. C'est en quelque sorte mon passe-temps préféré dans ce long voyage que j'ai entrepris depuis que j'ai quitté Braavos. Voyage qui n'a aucune destination particulière, pour être claire. Je veux simplement voir le monde et jouir de tout ce qu'il a à m'offrir. Même uriner sur un noble était une expérience intéressante, tout considéré.

Kalima manifesta une main de magie, afin que celle-ci aille attraper une baie sans qu'elle n'ait à se déplacer davantage, et flotte gracieusement jusqu'à sa bouche pour l'y déposer. Une fois le fruit avalé, elle regarda ses deux futurs partenaires d'affaires tour à tour, plus curieuse que jamais.

- Alors, ai-je passé votre test, messire Darion ?