Je croyais avoir tout perdu depuis longtemps. Je me trompais.
Quelque chose, en moi, saignait encore.
Et j'étais sur le point de découvrir pourquoi.
Tout en elle lui hurlait, depuis le moment où elle avait quittée l'aéroport, de reprendre un billet en aller simple et de ne jamais revenir, mais elle s'y refusait, obstinément. Kwannon avait besoin de ça, besoin de remonter la trace perdue de sa fille qu'elle savait morte, mais qu'elle n'avait jamais connue. Savoir comment elle avait grandie, comment elle était morte...et si, contrairement à sa mère, elle avait eu l'occasion de vivre une vie plus heureuse. Psylocke cherchait une aiguille dans un champ rempli de bottes de foin cependant, elle n'avait aucune idée de l'identité que sa fille avait pu prendre, de quels endroits ou personnes elle avait pu fréquenter au cours de sa vie, à l'exception d'une possibilité forte: La Main.
Kwannon n'était pas dupe, certes elle avait tuée l'intégralité du haut conseil de la Main lorsqu'elle avait décidée de quitter l'organisation, mais cet ordre d'assassins était millénaire pour des raisons, et avait bien du finir par se remettre partiellement de ce coup de poignard. Ce qui survivait, même en se cachant, laissait forcément des traces, et Kwannon était depuis longtemps une experte pour retrouver ces traces, aussi subtiles qu'elles puissent être.
C'était pour cette raison qu'en cette nuit noire, et fortement pluvieuse, Psylocke s'était rendue dans cette ruelle sombre dans des quartiers bien peu recommandés de Yokae. Mafias, gangs, et bien d'autres joyeusetés se trouvaient dans certaines zones de cette Mégalopole, où la police n'intervenait généralement pas. Après avoir passée ses premiers jours ici à scruter bien des lieux, mais aussi à faire jouer certains de ses contacts, elle avait fini par obtenir la piste d'un homme, Takeshi Ono, ou du moins étais-ce ainsi qu'il se faisait appeler après sa "première mort". Un ancien membre de la Main, pas un guerrier, un logisticien, mais qui depuis la "disparition" de l'organisation se faisait très discret.
Mais...encore une fois...tout ce qui se cache laisse des traces.
Kwannon évolue donc seule dans ces rues mal éclairées, jonchées de déchets. Parfois, des regards s'attardent sur elle, mais ils sont rapidement détournés lorsque le sien intervient en réponse. Elle a été une tueuse, et ce genre d'activités laisse des marques indélébiles que tout bon criminel sait reconnaître, pour peu qu'il aie un tant soit peu d'instinct de survie. Vêtue d'un pantalon, de bottes, et d'une large veste, tout en cuir, elle se fond dans la "masse", inutile de sortir son costume de combat, du moins pour le moment.
Elle rentre dans ce bar miteux, dépourvu d'enseigne. Le videur ne la jauge que quelques secondes avant de très vite comprendre qu'il n'a aucune chance de l'empêcher de rentrer. L'intérieur empeste l'alcool bas de gamme mélangé à d'autres odeurs dont elle n'ose traquer la provenance ou la nature, seul un fait l'intéresse, celui qu'elle cherchait, et dont elle avait pu obtenir une description physique, n'est pas ici. Un changement d'habitude, ou bien lui est-il arrivé quelque chose ? Psylocke doutait fortement que son arrivée soit passée sous le radar de toutes les entités qui peuvent opérer ici, mais l'absence de Takeshi ce soir en était-elle une conséquence ? Et dans quelle mesure ?
Peu prompte à rester ici plus que nécessaire, elle s'approche du comptoir du bar, où le tenancier la toise avec un mélange de lubricité et de méfiance en quantités égales. Leur échange est bref, aucun des deux ne souhaitant qu'elle ne s'attarde ici, mais le tenancier semble rapidement comprendre que Kwannon ne repartira pas sans au moins des bribes d'infos...et qu'elle est tout à fait capable d'aller loin pour les obtenir.
Pas de Takeshi Ono pour ce soir, mais des pistes d'autres lieux qu'il pourrait fréquenter, ainsi que des planques potentielles, tout cela méritant enquête, elle se retire alors finalement, consciente des regards posés sur elle, inutile de s'attarder plus longtemps.
La pluie a redoublée d'intensité depuis le moment où elle est rentrée, elle marche donc à pas vif le long de la ruelle, dans l'optique d'atteindre un recoin assez éloigné des regards qui lui permettrait d'utiliser ses pouvoirs pour gagner en hauteur, et ainsi traverser la ville de toits en toits, plus rapidement.
Seulement...seulement elle sent cette présence qui la suit, et qui tente de se faire discrète tout en suivant son allure...et qui s'arrête aussi subitement qu'elle.
Qui que tu sois étranger, sache que ton projet ne se déroulera pas comme tu l'entends. Fiche le camp, ou tu le regrettera.
Kwannon lui tourne le dos, mais a le visage tourné ce qui permet d'avoir son stalker en ligne de vue, prête à réagir instinctivement et instantanément à tout mouvement suspect de sa part.
Ce serait son seul, et unique, avertissement.


