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Les Enfants de Lilith [Valac & Amy]
Posté : 24 avr. 2025 09:14
par Amylithéa
"Mais ... Il va se noyer!!!"
"Euh oui, surement ..."
"Mais vous devez intervenir! Vous n'allez rien faire?"
"Non, je ne crois pas. Je ne sais pas nager."
"Comment ça? Vous n'êtes pas sauveteuse en mer?"
"Moi? Ah mais pas du tout. J'aime bien leur maillot rouge c'est tout; il me va bien hein ? ... Et du haut de cette chaise de garde on peut admirer l'ensemble de la plage."
L'homme qui venait de se précipiter vers Amy pour lui signaler la détresse d'un nageur au loin la regarda, éberlué. La jeune femme lui adressa un sourire adorable et descendit prudemment de la chaise haute en faisant attention de ne pas manquer un barreau. Elle avait bien vu que quelqu'un avait besoin d'assistance mais comme elle avait "consommé" le véritable maitre nageur un peu plus tôt, et bien ... il allait y avoir un nouveau drame. Ah la la ... quelle imprudence que de vouloir aller nager si loin. Elle fit quelques pas qui laissèrent une empreinte légère dans le sable de la plage, s'étira en baillant, puis s'éloigna, tandis que le type en panique rameutait qui pouvait.
C'était une belle journée, le soleil rayonnait sur la côte Ouest des États-Unis et les plages de Malibu ne désemplissaient pas. Les foules accumulées sur les plages généraient une pagaille permanente et la vigilance des équipes de surveillance et de sauvetage était de tout instant.
Amy adorait jouer avec ces adeptes de la crème solaire et de l'exhibition. Ils étaient si faciles à berner que cela en était risible. Il suffisait de peu pour les distraire et provoquer ou le chaos, ou quelques morts accidentelles. Personne ne voulait résister au charme de la jeune femme et de toute manière, personne ne pouvait s'opposer au magnétisme de la succube. Ces endroits bondés étaient ses terrains de jeux favoris. Là, elle pouvait s'adonner à ses plaisirs, c'est à dire assumer le sens de son existence en tant que démone, et faire le plein d'énergie en vidant de leur substance maitresse les beaux mâles que l'humanité avait à lui offrir. Bien sûr, il n'y avait aucune cruauté, c'est ce dont elle se persuadait; c'était tout simplement les aléas de l'existence.
La démone vivait à Malibu depuis une petite année. Avant cela, elle était passée par de nombreuses destinations. Elle bougeait assez fréquemment puisque son "passage" entrainait nécessairement des décès bizarres et plus nombreux sur la période. Bien sûr, rien ne permettait vraiment de remonter à elle mais dans le doute ... mieux valait rester prudente. Cette prudence se heurtait quand même à la nature profonde de la démone, c'est à dire, provoquer le chaos, se sustenter selon les spécificités du statut de succube et inciter massivement à la désobéissance.
Et puis, il ne fallait pas oublier qu'Amy était normalement morte, c'est ce qu'on croyait aux Enfers, et que les démons des 7 arpentaient toujours la Terre, relevant les pics d'activité inhabituels. Il serait dommage qu'elle soit retrouvé par hasard et passablement exécutée ou pire, traduite devant les maitres démoniaques. L'histoire tragique de sa "famille" restait dans les mémoires et ses origines faisaient d'elle une cible permanente.
Amy quitta la plage, après avoir attendu un peu l'intervention inutile des vrais secouristes, et retourna à l'appartement sympa qu'elle occupait (avec l'accord sexuel de son propriétaire trop heureux) en remontant Sunset Boulevard. Elle avait passé un petit short en jean bien comme il faut, seul ajout à sa tenue sulfureuse. On tournait la tête à son passage, on commentait, des couples s'engueulaient par la suite ...
Et puis, il y eut dans l'air cette écrasante vibration qu'elle seule ressentit. Amy se figea, tétanisée, et seul son visage se leva vers le ciel, comme attiré par un magnétisme absolu. Elle était tendue à se briser, et le dos creusé, elle se hissa sur la pointe des pieds comme si on l'arrachait au sol. Le vent amena le murmure d'un appel irrésistible, porté dans une langue si ancienne et lourde de pouvoir qu'Amy en eut la chair de poule. Les passants prirent peur en la voyant ainsi figée et vibrante, et un pompier en repos se précipita croyant qu'elle faisait une crise d'épilepsie. Il brisa le charme en la touchant et Amy s'effondra à genoux, le souffle coupé. Elle n'eut pas besoin de jouer de son émotion et répondit aux questions de l'homme avant de le rassurer et de quitter les lieux précipitamment.
De retour chez elle, elle fit aussitôt ses bagages. L'appel avait aussi été porteur d'un message, renseignant sur une destination ... Mère appelait ses Enfants.
OoOoOoOoOoO
Bucarest n'avait pas le charme ensoleillé de Malibu ... Amy trouvait cette ville "lourde" malgré ses sites touristiques reconnus. Elle était arrivée à la capitale roumaine deux jours plus tôt et avait pris une chambre dans un bel hôtel du centre. Ici, il n'était pas question de s'amuser donc elle ne se prêtait pas à ses manèges habituels. Elle portait un jean juste comme il faut et un croptop juste comme il faut, recouvert par une veste courte juste comme il faut, en plus d'une casquette et d'une paire de lunettes au verres sombres pour tenter de cacher l'éclat de ses iris démoniaques. Le message de l'appel se déclinait au pluriel donc il était probable qu'elle ne soit pas la seule en vie. Depuis sa fuite, elle avait pris soin de ne surtout pas se mêler des affaires des Enfers ni de chercher à retrouver les siens. On le lui reprocherait peut être ... Parmi ses frères et sœurs, elle en haïssait beaucoup et en tolérait d'autres. Les relations entre démons étaient généralement conflictuelles ou soumises à subordination. Elle n'aimait ni l'une ni l'autre, espérant juste ne pas tomber sur l'un des rejetons de Lilith les plus désagréables, ou plusieurs ...
L'appel indiquait Bucarest mais sans véritable lieu de retrouvailles. Qu'importe ... elle saurait.
Amy marchait les mains dans les poches, dans une rue proche du centre, ses pas la portant sans qu'elle ai à réfléchir. Elle bifurqua dans une impasse au bout de laquelle un étroit passage piéton sombre s'insinuait entre deux hauts immeubles en briques rouges usées par le temps. Elle s'arrêta sous une ampoule crépitante, seul point lumineux de l'endroit. Elle n'était pas seule mais la présence spéciale n'était pas celle d'un touriste en quête de putes locales ni celle d'un malfrat mal intentionné ...
Amy sourit. De tous, elle n'aurait pas cru qu'il puisse s'en sortir, lui, le chouchou ...
Re: Les Enfants de Lilith [Valac & Amy]
Posté : 23 mars 2026 13:51
par Valac
Valac n’avait pas levé les yeux au ciel lorsque l’appel l’avait frappé. Il n’en avait pas eu besoin. La voix ne venait ni des airs, ni des profondeurs, ni d’un point précis de l’espace. Elle s’était imposée directement dans la substance même de son être, comme si une main antique s’était refermée sur le noyau de son âme pour lui rappeler, avec une douceur monstrueuse, qu’aucun enfant de Lilith ne cessait jamais tout à fait d’appartenir à sa mère.
Il se souvenait encore de l’instant exact.
Une chambre étroite, quelque part en Europe centrale. Un bureau de fortune couvert de papiers, de faux noms, de cartes, de schémas et de notes prises dans plusieurs langues. Une lampe jaunâtre. Le tic-tac d’une horloge minable. Et puis cette onde. Ce frisson noir. Cette vibration si vaste qu’elle avait semblé suspendre le monde, figer la poussière dans l’air, arrêter jusqu’au rythme naturel de sa respiration. Ce n’était pas simplement un appel. C’était une convocation. Une vérité plus ancienne que la peur, plus absolue que la prudence. Lilith.
Là où d’autres auraient cédé à la panique, Valac était resté parfaitement immobile, les mains posées sur le bois du bureau, les yeux baissés sur ses propres notes, tandis qu’au fond de lui quelque chose d’enfoui remuait avec la violence d’un tombeau qu’on rouvre. Sa mère appelait ses enfants. Cela ne signifiait jamais rien de simple. Encore moins rien de bon.
Il avait fermé les yeux alors, non par émotion, mais pour mieux isoler le message dissimulé sous la puissance brute de l’injonction. Bucarest. Une destination. Un fil. Une balise jetée dans le monde profane comme un hameçon plongé dans des eaux infestées. Cela suffisait. Lilith n’avait jamais eu besoin d’en dire davantage à ceux de sa lignée. Surtout pas à lui.
Le démon avait quitté sa planque dans l’heure, ne prenant avec lui que le strict nécessaire : de quoi changer d’identité encore une fois, quelques objets ésotériques soigneusement dissimulés, des armes choisies avec une rigueur presque maniaque, et cette discipline glacée qui l’avait maintenu en vie là où tant d’autres rejetons infernaux avaient fini dépecés, asservis ou oubliés. Les survivants de la Goëtia n’étaient pas des survivants par chance. Ils l’étaient parce qu’ils avaient appris à flairer la trahison avant même qu’elle n’entre dans une pièce.
Le voyage jusqu’à Bucarest fut silencieux. Valac observa les visages humains, les foules pressées, les gares, les halls impersonnels, les vitrines éclairées, les caméras, les policiers, les mendiants, les couples, les touristes, toute cette comédie mortelle qui s’imaginait encore vivre dans un monde à peu près rationnel. Il n’éprouvait pour elle ni mépris véritable, ni fascination, seulement cette distance souveraine qu’il avait toujours cultivée. Les humains étaient utiles. Malléables. Touchants parfois dans leur obstination à ignorer l’abîme. Mais ils n’étaient pas le sujet. Pas cette fois.
Cette fois, il y avait Mère.
Et peut-être d’autres.
Cette simple idée suffisait à tendre en lui une corde invisible. Les souvenirs de la Goëtia ne venaient jamais seuls. Ils charroyaient avec eux les visages des disparus, les serments brisés, les purges, les odeurs de chair brûlée, les regards calculateurs de frères et sœurs qui, même dans les meilleurs jours, n’avaient jamais cessé d’être des prédateurs mutuels. Parmi les enfants de Lilith, l’amour n’excluait ni la rivalité, ni la morsure. Surtout pas lorsque la survie avait remplacé depuis longtemps toute illusion de famille.
Bucarest l’accueillit avec son vieux souffle de pierre, ses artères sombres, ses façades fatiguées, son charme mélancolique de ville qui avait vu passer trop d’empires, trop de guerres, trop de nuits pour croire encore aux promesses du jour. Valac s’y déplaça comme une ombre instruite, sans empressement, mais avec cette certitude intérieure de celui qui sait reconnaître une piste lorsqu’une puissance supérieure la place sous ses pas. Il n’eut besoin d’aucune adresse. L’appel continuait de vibrer en lui, ténu mais constant, comme une pulsation venue d’un autre âge.
Ses pas le menèrent finalement vers une rue plus étroite, puis vers une impasse où la ville semblait se resserrer sur elle-même. Deux hauts immeubles de briques rouges y dressaient leurs silhouettes usées, formant un corridor de pénombre où l’air lui-même paraissait plus dense. Une ampoule crépitait plus loin, pauvre astre électrique suspendu au-dessus d’un passage piéton trop étroit, comme si la modernité s’était hasardée là sans vraiment réussir à profaner l’ancien pouvoir des lieux.
Valac ralentit.
Il l’avait sentie avant de la voir.
Une présence féminine, démoniaque, singulière, impossible à confondre avec la moindre émanation humaine. Pas simplement une succube ordinaire, ni une créature infernale quelconque venue flairer l’appel. Non. Il y avait dans cette empreinte une note connue, une vibration du sang, quelque chose d’intolérablement familier sous les couches de temps, de fuite, de solitude et de métamorphoses. Une survivante. Une vraie.
Amilithéa.
Un nom ancien remonta à sa mémoire comme une lame qu’on tire lentement de son fourreau. Amy, aujourd’hui, pour les hommes qu’elle amusait, trompait, vidait et abandonnait derrière elle comme des enveloppes creuses. Mais pour lui, sous les masques, les pseudonymes et les siècles d’errance, elle restait cela : une sœur. Une enfant de Lilith. Une rescapée de la boucherie.
Le démon s’arrêta à l’entrée du passage, sans se montrer tout à fait d’abord. Sa silhouette demeura un instant découpée par la lumière plus pâle de la rue, grande, sobre, presque élégante dans sa retenue, mais traversée de cette autorité calme qui n’avait jamais eu besoin d’effets pour s’imposer. Son regard, lui, brillait déjà dans l’ombre avec cette lucidité dangereuse, cette intelligence froide et patiente qui avait fait de lui bien plus qu’un simple survivant. Il observa la jeune femme sous l’ampoule tremblante, sa posture, son immobilité, le détail de ses vêtements, la manière dont elle occupait l’espace, comme on lit une page codée que l’on croyait perdue.
Aucune émotion grossière ne passa sur son visage. Ni attendrissement, ni joie naïve. Seulement ce très léger pli au coin de la bouche, ambigu, presque moqueur, qui chez lui pouvait aussi bien annoncer une tendresse rarissime qu’une cruauté raffinée.
Tant d’années. Tant de silence. Et pourtant, en cet instant, il comprit une chose avec une netteté parfaite : malgré les cadavres semés derrière eux, malgré la chute de la Goëtia, malgré la traque, malgré les mensonges et les métamorphoses nécessaires à leur survie, quelque chose de leur lignée persistait encore. Quelque chose qu’aucun maître infernal, aucune purge, aucune fuite n’avait réussi à réduire au néant.
Alors Valac avança enfin d’un pas mesuré dans la ruelle, laissant la lumière malade accrocher à peine les lignes de son visage, et sa voix s’éleva, basse, maîtrisée, avec cette ironie feutrée qui lui était propre.
« De tous ceux que Mère pouvait rappeler à elle… te revoir ici est presque une surprise agréable. »
Il marqua une très brève pause, son regard ne quittant pas le sien.
« Presque. »
Re: Les Enfants de Lilith [Valac & Amy]
Posté : 01 avr. 2026 20:38
par Amylithéa
Il n'y eut pas de salutations sincères ni de retrouvailles exubérantes. Il ne fallait pas espérer de deux démons qu'ils se laissent aller à des effusions très humaines qui en réalité, ne servaient à rien d'autres qu'exacerber de faux-semblants. La démone ne cilla pas quand le timbre de la voix de son frère résonna dans la ruelle. Elle s'en souvenait très bien, comme s'ils ne s'étaient quittés que quelques temps auparavant. Valac avait une voix persuasive, c'était l'une de ses forces : un charmeur né. Contrairement à bon nombre de ses frères, il avait toujours usé de subtilité pour arriver à ses fins. Dans ce sens, Amy et lui se ressemblaient beaucoup car la démone ne comptait pas sur sa force physique pour arriver à ses fins. Dans ce domaine, elle était d'ailleurs assez faible mais une succube n'avait pas pour vocation de jouer les gros bras.
On ne pouvait pas comparer l'évolution d'un démon à celle d'un humain. Ils ne suivaient pas un chemin les menant de nouveau-nés à vénérable sage. On ne les regroupaient pas dans des crèches infernales et ils ne suivaient pas ensemble une scolarité programmée. Ils ne s'invitaient pas à leurs anniversaires ni ne se chamaillaient pour telle ou telle babiole. Non, quand un démon voyait le jour, il était déjà pion et acteur sur un échiquier dédié à la survie tout en accumulant un maximum de pouvoirs. Amy n'avait jamais joué aux cubes avec Valac et elle ne lui avait jamais demandé de la complimenter sur sa dernière robe offerte par maman. Sous l'autorité de Lilith, ils s'étaient chacun appliqués à être de bons enfants, dignes de leur mère et de sa confiance. Il aurait pu y avoir un semblant d'esprit familial mais l'essence d'un démon, même issu d'une lignée aussi spéciale que celle de la Grande Putain des démons, ne pouvait permettre une quelconque forme d'attachement sentimental.
Il y avait bien quelque chose cependant, une sorte de lien d'appartenance à la meute. L'isolationnisme ne fonctionnait que quand il n'en restait plus qu'un. Durant toutes ces longues années, Amy ne s'était jamais sentie bien, ou sereine. Mère se taisait mais ses héritiers éparpillés dans les mondes étaient comme une partie d'elle même qui lui manquait.
D'avoir Valac en face d'elle comblait l'un de ses vides. Comblait juste car ce rapprochement n'excluait pas toute forme de danger.
"Quel dommage. Et moi qui croyait que tu serais heureux de retrouver la plus belle création de Mère ... Es tu toujours aussi oisif que tu ne l'étais jadis ?"
La distance qui les séparait ne représentait rien. S'ils devaient s'affronter, des yeux humains n'arriveraient pas à suivre leur rapidité d’exécution. Amy ne savait pas ce que Valac avait fait durant toutes ces années. Même si l'Appel ne Mère ne pouvait être corrompu, rien ne pouvait certifier que Valac était resté noble de cœur, fidèle à la Goëtia. Peut être aurait il pu changer de camp, rejoindre les pourfendeurs de la Famille., trahir … Et sa présence ici pourrait signifier l'arrêt de mort d'Amy si les puissants seigneurs infernaux lui mettaient la main dessus.
Les paroles d'Amy étaient de miel mais elle savait très bien à qui elle s'adressait. Valac avait reçu les mêmes enseignements qu'elle et il n'était pas moins doué que sa sœur.
"Tu m'as l'air en forme, et toujours aussi plaisant à regarder. On dirait que les souffrances t'ont épargné. Où t'es tu terré pour réussir à survivre ?"
Bien qu'ils ne bougent pas, une vigilance accrue s'était installée entre les deux êtres. Amy bouillait d'une sensibilité presque douloureuse tant elle cherchait à capter dans leur environnement immédiat toute forme de menace. Mais rien ne devait l'alerter, aucune aura noire meurtrière ni même celle d'un autre rejeton de Lilith. Elle se détendit un peu et murmura enfin.
"Seulement nous deux … Aucun autre … Quelle tragédie cela sera pour Mère quand elle l'apprendra."
Amy ne restait jamais sérieuse très longtemps.
"Ton … 'presque' … me peine mais tu vas devoir faire avec. Et je suis certaine que tu mens. Tu devrais avoir honte. Il faut être sincère avec moi, qui suit la meilleure sœur que tu pourrais avoir. J'attends que Valac me cajole et se soucie de mon bien être. Moi, je n'ai pas eu une vie facile depuis notre séparation."
La démone cessa son cinéma quand une impulsion brutale la saisit. Elle crut à un piège mais vit que son frère était tout aussi tendu. L'écho de Lilith les sondait et expurgeait de leurs esprits toute forme de doute et de suspicion. La magistrate de la Goëtia et matriarche retrouvait ses enfants et rétablissait le lien ancestral qui les unissait. La puissance de la transmission fit vaciller Amy qui fit un pas de côté pour prendre appui contre le mur humide le plus proche. Elle sourit néanmoins car la vitalité du message indiquait un retour en force de Lilith. Et si Lilith revenait, c'est qu'elle était prête à l'affrontement.
"Je crois bien qu'il va falloir aiguiser nos lames … mais avant cela, si nous quittions ce cloaque qui fait honte à ma condition. J'ai faim et je veux fêter nos retrouvailles comme il se doit. Arriveras-tu à être moins … rouge ?"
Sous le poids de l'esprit de Mère, leurs déguisements s'étaient évaporés. Si pour Amy, seules ses oreilles et sa queue de succube (facilement dissimulables) pouvaient dévoiler sa nature réelle ; Valac, lui, luisait d'une superbe peau carmin dans laquelle elle adorerait de nouveau planter ses dents.
Re: Les Enfants de Lilith [Valac & Amy]
Posté : 05 avr. 2026 14:53
par Valac
Valac ne broncha pas lorsque l’onde de Mère traversa de nouveau la ruelle, brutale, souveraine, intime au point d’en être obscène. Il la reçut de face, mâchoire serrée, regard fixe, comme on encaisse la morsure d’un souvenir trop ancien pour avoir jamais guéri. Sous cette pression psychique, il sentit les dernières fibres de méfiance immédiate se consumer sans pour autant disparaître tout à fait, car un démon digne de ce nom ne cessait jamais réellement de soupçonner, pas même au sein de sa propre lignée. Mais le doute brut, celui qui pousse à frapper avant même d’avoir pensé, venait d’être lessivé par la volonté de Lilith elle-même. C’était bien Amylithéa. Sa sœur. Une survivante. Une vraie. Et cela seul suffisait déjà à donner à la nuit une densité nouvelle.
Il observa sans honte les traces révélées de sa nature à elle, ses attributs réapparus sous l’effet de l’Appel, puis sentit sur sa propre peau l’affront délicieux de cette vérité retrouvée. Le rouge infernal avait reparu sur lui comme un ancien blasphème qu’aucun costume mortel n’était jamais parvenu à effacer durablement. Là où un autre aurait pesté contre cette perte de discrétion, Valac n’en fit rien. Il se contenta d’abaisser un instant les yeux sur ses mains redevenues celles d’un fils de Lilith, longues, nerveuses, élégantes et monstrueuses tout à la fois, avant qu’un sourire mince, presque las, ne vienne effleurer sa bouche.
« Rouge ? » répéta-t-il d’une voix basse, avec cette ironie soyeuse dont il avait le secret. « Ma chère sœur, il faut bien que l’un de nous porte encore avec un peu de dignité les couleurs de la famille. »
Son regard remonta lentement vers elle, précis, acéré, mais traversé de cette lueur ambiguë qu’il ne réservait qu’aux très rares êtres qui avaient partagé avec lui un fragment de la même origine.
« Quant à te cajoler… voilà une requête bien ambitieuse. Après tant d’années, tu reviens dans ma nuit, superbe, insolente, probablement affamée, et tu espères de moi de la tendresse ? Tu n’as donc vraiment rien appris de la survie. »
Il avança enfin de quelques pas, mesurés, silencieux, jusqu’à réduire entre eux cette distance qui n’avait jamais été qu’un théâtre. À cette proximité, l’empreinte d’Amylithéa devenait plus nette, plus troublante aussi. Il retrouvait sous ses traits présents les lignes d’une sœur qu’il n’avait jamais connue comme les humains connaissent les leurs, mais dont il reconnaissait pourtant l’essence sans la moindre hésitation. Car eux n’étaient pas nés d’une enfance. Ils n’étaient pas sortis d’un berceau, ni passés par les âges doux et ridicules de la croissance mortelle. Ils avaient été conçus.
Conçus dans les profondeurs de Gehenna, là où Lilith avait fait dresser ses laboratoires occultes comme d’autres élèvent des temples. Sauf qu’en ces lieux, on ne priait pas. On disséquait. On fusionnait. On raffinait la chair démoniaque comme un alchimiste travaille un métal impur. Les couloirs y sentaient le sang, le souffre, les fluides conservateurs, les chairs ouvertes et la pierre brûlée. Des créatures y hurlaient derrière des vitres runiques. D’autres, incomplètes, rampaient dans des cuves où flottaient des membres inutiles, des yeux trop nombreux, des embryons cornus et des choses sans nom qui n’avaient vécu que quelques heures avant d’être jugées impropres. La maternité de Lilith n’avait rien eu de tendre. Elle avait été une forge. Une boucherie sacrée. Une fabrique de princes monstrueux destinés à prendre un jour la place de maîtres plus anciens qu’eux.
Et parmi les rejetons de cette fournaise, Valac n’avait jamais été le plus massif, ni le plus féroce, ni le plus immédiatement terrifiant.
Mais il avait été l’un des plus tenaces.
Il se souvenait de chaque épreuve. Des salles scellées où l’on lâchait sur eux des abominations affamées pour voir lesquels comprendraient le terrain avant de se jeter au combat. Des épreuves de résistance où l’on injectait dans leur chair des essences contraires, des venins d’anges déchus, des parasites du Néant, des fragments de mémoire arrachés à des saints morts ou à des rois damnés, simplement pour observer qui sombrerait le premier. Des labyrinthes de symboles mouvants, des chambres où l’espace mentait, des autels où les faibles étaient sacrifiés non pour nourrir un dieu, mais pour enseigner aux survivants que l’existence n’était accordée qu’à ceux capables de voler une seconde de plus au massacre. Il avait vu des frères gigantesques se déchirer entre eux pour un rang, des sœurs sublimes perdre la raison sous le poids d’une révélation trop vaste, des merveilles de cruauté et de puissance s’effondrer parce qu’elles n’avaient jamais appris la patience.
Lui avait appris.
Il avait survécu non par brutalité. Non par bénédiction. Non parce qu’il était le plus fort. Il avait survécu parce qu’il observait. Parce qu’il retenait tout. Parce qu’il comprenait vite. Parce qu’il acceptait la douleur comme une donnée, l’humiliation comme un détour, la peur comme une information. Là où d’autres chargeaient, Valac calculait. Là où d’autres rugissaient, il mémorisait les rythmes, les failles, les habitudes des bourreaux, les défauts des monstres, les angles morts des pièges. Il avait survécu à chaque test, chaque opération, chaque horreur, par la seule force de sa persévérance et de son intelligence. C’était moins glorieux que la puissance brute. Mais c’était infiniment plus rare. C'est pour cela qu'il avait toujours eu le titre de junior dans leur fraternité damnée, à servir ses ainés et leurs plans ambitieux. Être un des enfants favoris de Mère Lilith ne changeait rien à l'hiérarchie stricte du sang ancien, et Valac ne s'était affranchit que bien, bien après leur cuisant échec de régicide.
Quand il regardait Amylithéa, c’était aussi cela qu’il reconnaissait. Non pas seulement une sœur de sang infernal, mais une autre pièce de cette œuvre impie née dans les entrailles de Gehenna. Une autre réussite de Lilith. Une autre créature assez dangereuse, assez souple, assez parfaite dans sa corruption pour être encore debout après la chute de leur maison.
« Tu me demandes où je me suis terré ? » reprit-il enfin, le ton plus calme encore, presque feutré. « Partout. Nulle part. Dans les marges des empires, dans les chambres closes, dans les guerres d’hommes, dans leurs administrations, leurs cultes, leurs marchés, leurs lits et leurs charniers. J’ai changé de nom autant de fois qu’un prêtre change de masque devant son dieu. J’ai menti, marchandé, sacrifié ce qu’il fallait sacrifier. J’ai vu tomber des créatures plus puissantes que moi parce qu’elles confondaient force et intelligence. Alors non… les souffrances ne m’ont pas épargné. J’ai simplement eu l’élégance de leur survivre. »
Se mesurer et montrer qui est le plus sournois, perfide ou juste fort avait toujours été une activité très stimulante chez les rejetons de l'Ultime Tentatrice, et le Balafré se surprenait à retrouver ce plaisir en contact de la succube aux cheveux platine qui avait toujours adoré provoquer ses ainés. Son regard se durcit imperceptiblement.
« Nous venons de Gehenna, Amylithéa. Nous avons grandi parmi les scalpels, les chaînes, les glyphes chirurgicaux et les hurlements des ratés de Mère. Nous avons vu la Goëtia se dresser comme un couteau pointé vers le trône infernal lui-même. Nous étions sa réponse. Son pari. Son insulte suprême à Lucifer et aux Archidémons. »
Un très léger sourire passa sur ses lèvres, mais il n’avait rien d’amusé. C’était le sourire d’un survivant qui contemple les ruines de son propre mythe.
« Et nous avons échoué. »
Le mot tomba sans trembler.
« La tentative de détrôner Lucifer, de renverser l’ordre ancien, de briser la domination de ces vieux monstres repus… tout cela s’est fracassé. La Goëtia a été traquée, écartelée, purgée. Nos frères et sœurs les plus arrogants sont morts en hurlant, ou pire : capturés, vidés, remodelés pour servir d’exemple. Les plus puissants ont souvent été les premiers à tomber, parce qu’ils croyaient que la puissance seule suffisait à défier un enfer déjà bâti sur des millénaires de cruauté politique. »
Il inclina légèrement la tête, ses yeux glissèrent sur elle avec une intensité plus basse, plus intime, plus vénéneuse. Ce n'était pas un secret que le plus jeune des disciples de Gehenna, Valac, avait été contre l'idée de base, jaugeant les risques immenses et les méthodes faillibles planifiées. Mais un junior ne pouvait être écouté. Il avait alors joué sa part fidèlement, et le reste ... l'histoire s'en chargea.
« Mais nous sommes encore là. Toi et moi. Deux survivants d’une lignée que l’on croyait presque effacée. Deux enfants forgés pour une guerre qui a tourné court… et que Mère ose rappeler malgré tout. »
L’air semblait plus lourd à présent. Pas de menace immédiate, non. Mais quelque chose avait changé. Le monde tout entier paraissait retenir son souffle autour d’eux, comme si l’écho de Lilith avait laissé sur les briques humides, sur le bitume fendu, sur la lumière malade de l’ampoule, une pellicule sacrée et impie à la fois. Valac le sentait jusque dans sa colonne vertébrale. Amilithéa avait raison sur un point : il faudrait bientôt aiguiser les lames. Le retour d’une telle voix ne pouvait annoncer qu’un mouvement d’ampleur, une reprise de guerre, un renversement, peut-être même une reconquête. Lilith ne rappelait pas ses enfants pour contempler leurs cicatrices. Elle les rappelait pour les employer.
« Seulement nous deux, pour l’instant… oui, les chiens de chasse des Princes Infernaux sont persistants, et les Anges se sont aussi joints à notre extermination, ou tout du moins à notre capture pour découvrir l'ampleur de la guerre civile. C’est une tragédie. Mais aussi une force. Deux survivants valent parfois davantage qu’une cour entière de démons gras, loyaux seulement tant qu’ils ont quelque chose à gagner. S’il ne reste que nous pour entendre Mère sans trembler, alors il faudra que cela suffise. Jusqu’à ce que les autres sortent de leurs terriers… ou de leurs tombes. »
Puis, presque aussitôt, le velours revint dans sa voix, avec cette douceur perverse qui rendait ses paroles plus dangereuses encore qu’une menace frontale.
« Quant à ta faim, je la comprends. Elle t’a toujours rendue plus honnête. Allons donc quitter ce cloaque. J’accepte l’idée d’un repas, à condition que tu cesses de prétendre être une victime du destin. Cela sied mal à une fille de Lilith. Et je refuse de passer la nuit à écouter tes plaintes si elles ne sont pas accompagnées d’informations utiles, d’alcool coûteux ou d’une vue agréable. »