M : Hey les filles, vous savez quoi ? Dans 5 minutes, c’est la fin de notre service !
N : Ouiiiiiiiiiiiiii !
V : Nyyshi, arrête de crier, tu me casses les oreilles.
N : Pardon, Viper…
S : Laisse-la, Nyyshi. Elle n’est pas contente, car elle s’est fait larguer hier, donc elle ne va pas pouvoir tirer son coup ce week-end.
Agent de dispatch (A) : Restez sérieuses, les filles.
S : On ne peut même plus rigoler, c’est dingue ça. L’autre, il veut qu’on reste sérieuses tout le temps.
A : Smaug, tu veux un avertissement ?
S : Non. Mais si vous voulez savoir ce que je fais ce week-end, de mon côté… JE VAIS ME CASSER LE CRÂNE CAR J’AI ACHETÉ UN BON PAQUET DE WEED !! JE VAIS FUMERRRRRRRR ! FUMER DES GROS SLIFFFFFFFFS !
Smaug se met à gueuler dans son micro, alors que l’agent de dispatch gueule pour lui faire comprendre de se taire. Les autres filles se mettent toutes à rigoler comme des dindes, encourageant Smaug dans son délire. Sur l’ordinateur qui servait au dispatch des filles, on pouvait voir qu’elles étaient toutes en train de revenir au QG, prêtes à profiter de leur week-end, chacune à leur façon. L’agent avait bien besoin de repos aussi, mais il n’aimait pas que ses petites pestes lui marchent constamment sur les pieds. Et quand il vit une alerte clignoter sur son ordinateur, il ne put s’empêcher de sourire.
A : LES FILLES ! J’ai une alerte !
M : Vraiment ? Mais c’est bon, les 5 minutes sont passées, on devrait rentrer chez nous.
A : Trop tard, j’ai déjà collé Smaug sur les lieux, alors elle va y aller et régler cette histoire.
Clairement, c’était une vengeance, et Smaug ne tarda pas à l’insulter copieusement à travers les micros qui servaient à la communication. Malevola sentait que ça allait partir en vrille et qu’elle devait vite calmer le jeu avant de voir le QG partir en cendres.
M : Smaug, calme-toi, je vais venir avec toi, comme ça on réglera cette affaire rapidement.
Et comme un élan de solidarité, les autres filles ; Nyyshi, Viper, même si elle s’était fait larguer, et Barbie, qui n’était pas la plus causante, avaient aussi accepté d’aider Smaug pour finir cette journée le plus rapidement possible.
M : Venez au QG, je vais créer un portail pour qu’on arrive rapidement sur les lieux de l’alerte. L’autre gros con qui l’a acceptée… On peut en savoir plus sur ce qu’on doit faire ?
A : Trois fois rien… La seule chose que je peux vous dire, c’est que cette mission est de la plus haute importance. Un échec de votre part, et c’est la fin.
M : Trois fois rien et on peut se faire virer ?
Pas de réponse. Il n’avait pas apprécié de se faire insulter de gros con, n’en disant pas plus sur l’alerte, alors qu’elle semblait de la plus haute importance. Un vrai gamin qui boudait dans son coin… De toute façon, il n’aimait pas les filles, il n’aimait pas le projet Phoenix. Il déconnecta son micro, prêt à partir quand l’équipe serait sur place.
Une fois toutes les filles réunies, quelques rires échangés, des blagues, Malevola créa un portail d’un simple signe de la main. En réalité, elle n’en avait pas besoin, mais c’était plus cool de faire quelques signes des mains, c’était plus mystique. Les unes après les autres, elles passèrent le cercle violet pour se retrouver devant… Qu’est-ce que c’est ? Un bunker ? Un souterrain blindé ? Tout autour d’elles était fait de tôle, elles étaient au milieu d’un long tunnel plongé à moitié dans le noir, sans personne aux alentours.
S : T’es sûre que c’est ici ?
M : C’est bien les coordonnées qui sont enregistrées dans le logiciel.
Malevola soupira, cette affaire sentait la merde à mille kilomètres.
M : Il y a quelqu’un ici ?
La démone cria dans une direction, puis dans l’autre, espérant entendre quelque chose.
M : Les filles, tenez-vous prêtes, si jamais.
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Miam
À peine le portail de Malevola s’était-il refermé derrière la dernière silhouette du groupe que le lieu leur révéla aussitôt son véritable visage. Ce n’était pas simplement un bunker, ni même un vulgaire souterrain industriel abandonné, mais une cache profondément enfouie sous la peau du monde, un antre conçu pour disparaître autant des radars humains que des perceptions occultes les plus affûtées. Le long tunnel où elles venaient d’apparaître était fait de plaques de métal rivetées, épaisses, ternies par le temps, l’humidité et une corrosion étrange qui ne ressemblait pas seulement à de la rouille. Par endroits, la tôle semblait avoir noirci comme si elle avait été léchée par un feu ancien, un feu impur, et l’air lui-même portait cette odeur mêlée de poussière froide, d’huile figée, de vieux câbles chauffés trop souvent et d’encens consumé jusqu’à la cendre. La lumière n’éclairait presque rien ; quelques néons protégés par des grilles diffusaient une lueur blanche maladive, tremblante, qui découpait les ombres en angles hostiles. Tout, dans cet endroit, donnait l’impression d’avoir été pensé pour ralentir, tromper, puis tuer quiconque s’y aventurerait sans y être invité. Même le silence avait quelque chose de faux. Il n’était pas naturel, mais tendu, sous contrôle, comme si le bunker retenait son souffle autour d’elles.
Cette impression ne tarda pas à se confirmer. Très vite, les filles purent sentir que quelque chose clochait dans l’air, au-delà du simple pressentiment d’un guet-apens. Il y avait ici une présence occulte, mais pas une présence unique et nette comme celle d’un démon majeur ou d’un sanctuaire maudit. Non, c’était plus diffus, plus pernicieux : plusieurs signatures étrangères, sales, dépareillées, regroupées de force sous une même bannière. Les murs transpiraient les résidus d’énergies incompatibles entre elles ; ici traînait la puanteur ésotérique d’un rituel d’invocation raté, là une empreinte glacée rappelant les enchantements de traque et de contention, plus loin encore une vibration malsaine évoquait les artefacts liés à la dette, à la possession, à l’achat des âmes et à l’appropriation des corps. Ceux qui avaient pénétré cet endroit avant elles n’étaient pas une simple escouade de tueurs. C’étaient des chasseurs recrutés avec soin, des professionnels monstrueux et hétéroclites rassemblés pour une mission unique, coûteuse, presque prestigieuse : prendre vivant, ou presque, le maître des lieux. Cette volonté sourde de capturer plutôt que d’exterminer infectait toute la structure. Elle se lisait dans les pièges. Elle se lisait dans la disposition des couloirs. Elle se lisait jusque dans les impacts visibles sur les parois, qui ne racontaient pas un assaut frontal, mais une progression méthodique, prudente, menée par des prédateurs qui savaient qu’ils poursuivaient une proie infiniment plus dangereuse qu’elle ne le laissait croire.
Le sol lui-même portait les preuves de cette avancée. À quelques mètres seulement du point d’arrivée du groupe, de fines rainures avaient été gravées dans le métal selon un motif presque invisible, un quadrillage si discret qu’un œil distrait l’aurait pris pour une usure normale. Mais ce n’était pas de l’usure ; c’était un sceau de déclenchement, brisé récemment par quelqu’un qui connaissait assez bien ce genre de défense pour en désamorcer le cœur sans le faire sauter. Plus loin, un pan de mur s’était entrouvert sur un compartiment vide où l’on distinguait encore des pointes rétractiles enduites d’un vernis sombre ; un poison, sans doute, ou une substance paralysante destinée à affaiblir plutôt qu’à tuer. Deux corps gisaient dans l’ombre d’une intersection secondaire, non pas ceux de défenseurs ordinaires, mais des assaillants eux-mêmes. Le premier avait la gorge tranchée si proprement qu’on aurait cru à une découpe chirurgicale ; le second avait le thorax ouvert par l’explosion interne d’un de ses propres dispositifs, comme si quelqu’un avait compris en une seconde sa technologie et s’était contenté d’en inverser le fonctionnement. Cela, plus que le reste, disait quelque chose sur l’homme qu’on était venu secourir. Il n’était pas encore tombé. Il les précédait toujours. Blessé, traqué, acculé peut-être, mais encore capable de faire payer chaque mètre conquis.
En progressant davantage, elles purent mesurer toute l’ampleur du carnage discret qui s’était joué dans les profondeurs du bunker. Les gardes personnels de la cache, ou peut-être des automates et serviteurs recrutés pour la protéger, avaient presque tous été neutralisés. Ici, un homme en uniforme sombre était affaissé contre une porte blindée, le visage figé dans une expression de terreur si intense qu’on devinait qu’il avait vu quelque chose avant de mourir ; là, une créature dont le corps rappelait vaguement un molosse humainement modifié avait été abattue par des projectiles d’argent noirci et de cuivre infernal. Les meurtriers de Mammon n’avaient pas lésiné sur les moyens. Ils étaient venus préparés contre les sortilèges, contre les illusions, contre les démons, contre les entités métamorphes, contre les armes classiques et même contre les refuges occultes de haute valeur. Plusieurs portes avaient été ouvertes sans explosion, selon un procédé de siphonnage runique qui avait littéralement vidé les protections magiques de leur charge avant de les forcer. D’autres avaient été percées en silence. Tout cela respirait la fortune obscène d’un commanditaire capable de payer non seulement la compétence, mais aussi l’excellence absolue. Et derrière cette excellence, une intention brillait comme une pièce d’or au fond du sang : Mammon. Le prince de la Cupidité ne se contentait jamais de détruire ce qu’il convoitait. Il voulait le posséder. L’enfermer. Le retourner à son profit. Un survivant de la Goëtia, façonné dans les laboratoires occultes de Gehenna, ayant vécu à travers les purges, les trahisons et l’échec de la révolte contre Lucifer et les Archidémons, représentait une acquisition de premier ordre. Pas seulement un trophée. Un actif. Un secret à disséquer. Un cerveau à asservir. Une relique vivante arrachée à l’une des pages les plus dangereuses de l’histoire infernale.
L’atmosphère se densifia encore quand les cinq femmes atteignirent une section plus intérieure du bunker, où la température chutait anormalement malgré la présence de machines encore en marche. Là, les chasseurs semblaient avoir laissé des balises. De petits clous rituels plantés dans les jointures du métal diffusaient une vibration écœurante, une onde de repérage qui brouillait les sens surnaturels et marquait les issues comme le fait un chasseur avec des pièges à loup. L’un des couloirs avait été volontairement laissé libre, trop libre, presque invitant ; au plafond, on devinait pourtant la mince courbure d’un mécanisme prêt à déployer un filet de chaînes gravées au nom de Mammon, conçues non pour mutiler, mais pour maintenir, peser, entraver. Un autre passage portait les résidus d’une illusion dissipée à la hâte : un faux vide destiné à pousser la cible vers un axe de tir. Et partout, cette sensation de souillure contractuelle, comme si chaque centimètre du bunker était désormais hypothéqué par la volonté d’un prince infernal qui achetait les vies, les loyautés, les corps et jusqu’au droit de respirer dans son rayon d’influence. Même les plus insouciantes de la bande pouvaient sentir que ce n’était pas un terrain ordinaire. C’était une chasse de haut rang. Une chasse menée par des monstres qui savaient exactement ce qu’ils traquaient.
Puis, sans avertissement, les oreillettes du groupe grésillèrent toutes en même temps.
Ce ne fut d’abord qu’un souffle parasite, un frottement sec, presque indistinct, comme si quelqu’un essayait de crocheter leur fréquence depuis les entrailles mêmes du bâtiment. Un bruit sourd suivit, pareil à la résonance lointaine d’une porte métallique refermée au loin. Ensuite, très brusquement, les canaux se synchronisèrent. La communication interne du SDN, pourtant réputée blindée, fut traversée par une intrusion si nette, si propre, qu’elle en devenait presque insultante. Et alors, au milieu du grésillement redevenu silence, une voix s’éleva. Une voix d’homme, basse, posée, parfaitement articulée ; le genre de voix qui n’avait pas besoin d’élever le ton pour imposer sa présence. Il n’y avait ni panique ni gratitude immédiate dans cette voix, seulement une lucidité glaciale et une ironie presque polie, comme si la situation, bien qu’inconfortable, n’avait pas encore réussi à entamer son orgueil.
« Enfin. Je commençais à craindre que le fameux investissement précieux de votre organisation ne mérite pas tant d’efforts. »
La phrase tomba avec une élégance tranquille, dans un français trop soigné pour ce décor de tôle, de sang et de mécanismes démembrés. Une seconde passa, puis la voix reprit, plus basse encore, comme si son propriétaire parlait tout en continuant à agir, à se déplacer, à réfléchir trois coups plus loin que tout le monde.
« Ne prenez pas le couloir de gauche. Il est piégé depuis neuf minutes par une équipe de contention liée à Mammon. Filets runiques au plafond, aiguilles hypodermiques dans les parois, gaz incapacitant à déclenchement différé. Leur travail est sérieux, je le reconnais. Prenez la coursive étroite à droite, puis la seconde trappe de maintenance au sol. Smaug, si vous êtes bien celle que j’entends respirer comme une chaudière contrariée, n’utilisez pas vos flammes dans les trente prochains mètres, il y a une conduite de pression derrière la cloison. Viper, il y a au coin suivant un brouilleur ésotérique bricolé avec un cœur de balise et un relais militaire ; vous le verrez avant les autres. Détruisez-le proprement, ou nous serons tous très vite aveugles. »
Il y eut au loin un choc métallique, puis le son bref d’un corps qu’on traînait ou qu’on laissait tomber.
« Quant à vous, Malevola… j’imagine que c’est vous qui dirigez ce charmant cortège. Félicitations. Votre portail vous a fait arriver six minutes plus tôt que prévu par leurs estimations. C’est probablement la seule raison pour laquelle je vous parle encore au lieu d’être déjà emballé dans des chaînes dorées, sur le chemin du palais de ce porc couronné. »
Sa voix ne tremblait toujours pas. Mieux encore : elle semblait presque amusée par sa propre situation, ou du moins trop fière pour lui accorder le luxe de la peur. Pourtant, derrière ce calme surnageait autre chose, perceptible seulement à ceux qui savaient écouter : une fatigue contenue, la tension d’un homme qui avait déjà beaucoup donné pour tenir sa position, et cette dureté sans âge de ceux qui avaient survécu à des lieux où survivre relevait déjà du blasphème. Lorsqu’il reprit, son timbre s’assombrit d’une nuance plus intime, plus venimeuse.
« Ils sont venus pour me prendre vivant. Cela les ralentit, heureusement. Mammon me veut entier, ou suffisamment entier pour ses geôliers, ses alchimistes et ses comptables. J’aurais trouvé l’attention flatteuse si elle ne sentait pas autant le chenil et la dette. Il reste au moins trois unités mobiles entre vous et moi, plus un spécialiste de l’entrave qui n’est pas humain. Ne les sous-estimez pas. Ils ne sont pas ici pour faire du bruit. Ils sont ici pour m’acheter. »
Un bref silence suivit, puis la voix de leur mystérieux client VIP se fit plus précise, plus directe, presque veloutée dans son autorité.
« Écoutez-moi bien. Continuez d’avancer, sans précipitation. Ne touchez pas aux balises plantées dans les murs avant mon signal. Si vous voyez des pièces brillantes clouées dans le métal, ne marchez surtout pas dans leur axe ; elles servent à rabattre la cible vers les zones de capture. À la prochaine intersection, vous trouverez deux corps et un miroir brisé. Ne regardez pas ce miroir plus d’une seconde, il contient encore les restes d’un leurre mémétique. Ensuite, vous descendrez. Je suis au niveau inférieur, dans le noyau de la cache. Et si vous tenez réellement à me sauver… tâchez de ne pas mourir avant de me rejoindre. J’ai déjà eu une journée assez chargée. »
Sa dernière phrase glissa dans leurs oreillettes avec cette insolence contrôlée qui n’appartenait qu’à certains monstres très anciens ou très raffinés. Puis la liaison ne coupa pas totalement ; elle resta ouverte, traversée par des bruissements lointains, par le son feutré de pas, par un souffle mesuré, par le choc humide de quelque chose qu’on frappait ou qu’on égorgeait au loin. Valac ne les avait pas seulement contactées. Il venait de les faire entrer dans sa guerre. Et désormais, à travers le labyrinthe d’acier, les pièges, les cadavres et l’empreinte corrompue des chasseurs de Mammon, sa voix devenait leur fil d’Ariane vers les profondeurs.
Cette impression ne tarda pas à se confirmer. Très vite, les filles purent sentir que quelque chose clochait dans l’air, au-delà du simple pressentiment d’un guet-apens. Il y avait ici une présence occulte, mais pas une présence unique et nette comme celle d’un démon majeur ou d’un sanctuaire maudit. Non, c’était plus diffus, plus pernicieux : plusieurs signatures étrangères, sales, dépareillées, regroupées de force sous une même bannière. Les murs transpiraient les résidus d’énergies incompatibles entre elles ; ici traînait la puanteur ésotérique d’un rituel d’invocation raté, là une empreinte glacée rappelant les enchantements de traque et de contention, plus loin encore une vibration malsaine évoquait les artefacts liés à la dette, à la possession, à l’achat des âmes et à l’appropriation des corps. Ceux qui avaient pénétré cet endroit avant elles n’étaient pas une simple escouade de tueurs. C’étaient des chasseurs recrutés avec soin, des professionnels monstrueux et hétéroclites rassemblés pour une mission unique, coûteuse, presque prestigieuse : prendre vivant, ou presque, le maître des lieux. Cette volonté sourde de capturer plutôt que d’exterminer infectait toute la structure. Elle se lisait dans les pièges. Elle se lisait dans la disposition des couloirs. Elle se lisait jusque dans les impacts visibles sur les parois, qui ne racontaient pas un assaut frontal, mais une progression méthodique, prudente, menée par des prédateurs qui savaient qu’ils poursuivaient une proie infiniment plus dangereuse qu’elle ne le laissait croire.
Le sol lui-même portait les preuves de cette avancée. À quelques mètres seulement du point d’arrivée du groupe, de fines rainures avaient été gravées dans le métal selon un motif presque invisible, un quadrillage si discret qu’un œil distrait l’aurait pris pour une usure normale. Mais ce n’était pas de l’usure ; c’était un sceau de déclenchement, brisé récemment par quelqu’un qui connaissait assez bien ce genre de défense pour en désamorcer le cœur sans le faire sauter. Plus loin, un pan de mur s’était entrouvert sur un compartiment vide où l’on distinguait encore des pointes rétractiles enduites d’un vernis sombre ; un poison, sans doute, ou une substance paralysante destinée à affaiblir plutôt qu’à tuer. Deux corps gisaient dans l’ombre d’une intersection secondaire, non pas ceux de défenseurs ordinaires, mais des assaillants eux-mêmes. Le premier avait la gorge tranchée si proprement qu’on aurait cru à une découpe chirurgicale ; le second avait le thorax ouvert par l’explosion interne d’un de ses propres dispositifs, comme si quelqu’un avait compris en une seconde sa technologie et s’était contenté d’en inverser le fonctionnement. Cela, plus que le reste, disait quelque chose sur l’homme qu’on était venu secourir. Il n’était pas encore tombé. Il les précédait toujours. Blessé, traqué, acculé peut-être, mais encore capable de faire payer chaque mètre conquis.
En progressant davantage, elles purent mesurer toute l’ampleur du carnage discret qui s’était joué dans les profondeurs du bunker. Les gardes personnels de la cache, ou peut-être des automates et serviteurs recrutés pour la protéger, avaient presque tous été neutralisés. Ici, un homme en uniforme sombre était affaissé contre une porte blindée, le visage figé dans une expression de terreur si intense qu’on devinait qu’il avait vu quelque chose avant de mourir ; là, une créature dont le corps rappelait vaguement un molosse humainement modifié avait été abattue par des projectiles d’argent noirci et de cuivre infernal. Les meurtriers de Mammon n’avaient pas lésiné sur les moyens. Ils étaient venus préparés contre les sortilèges, contre les illusions, contre les démons, contre les entités métamorphes, contre les armes classiques et même contre les refuges occultes de haute valeur. Plusieurs portes avaient été ouvertes sans explosion, selon un procédé de siphonnage runique qui avait littéralement vidé les protections magiques de leur charge avant de les forcer. D’autres avaient été percées en silence. Tout cela respirait la fortune obscène d’un commanditaire capable de payer non seulement la compétence, mais aussi l’excellence absolue. Et derrière cette excellence, une intention brillait comme une pièce d’or au fond du sang : Mammon. Le prince de la Cupidité ne se contentait jamais de détruire ce qu’il convoitait. Il voulait le posséder. L’enfermer. Le retourner à son profit. Un survivant de la Goëtia, façonné dans les laboratoires occultes de Gehenna, ayant vécu à travers les purges, les trahisons et l’échec de la révolte contre Lucifer et les Archidémons, représentait une acquisition de premier ordre. Pas seulement un trophée. Un actif. Un secret à disséquer. Un cerveau à asservir. Une relique vivante arrachée à l’une des pages les plus dangereuses de l’histoire infernale.
L’atmosphère se densifia encore quand les cinq femmes atteignirent une section plus intérieure du bunker, où la température chutait anormalement malgré la présence de machines encore en marche. Là, les chasseurs semblaient avoir laissé des balises. De petits clous rituels plantés dans les jointures du métal diffusaient une vibration écœurante, une onde de repérage qui brouillait les sens surnaturels et marquait les issues comme le fait un chasseur avec des pièges à loup. L’un des couloirs avait été volontairement laissé libre, trop libre, presque invitant ; au plafond, on devinait pourtant la mince courbure d’un mécanisme prêt à déployer un filet de chaînes gravées au nom de Mammon, conçues non pour mutiler, mais pour maintenir, peser, entraver. Un autre passage portait les résidus d’une illusion dissipée à la hâte : un faux vide destiné à pousser la cible vers un axe de tir. Et partout, cette sensation de souillure contractuelle, comme si chaque centimètre du bunker était désormais hypothéqué par la volonté d’un prince infernal qui achetait les vies, les loyautés, les corps et jusqu’au droit de respirer dans son rayon d’influence. Même les plus insouciantes de la bande pouvaient sentir que ce n’était pas un terrain ordinaire. C’était une chasse de haut rang. Une chasse menée par des monstres qui savaient exactement ce qu’ils traquaient.
Puis, sans avertissement, les oreillettes du groupe grésillèrent toutes en même temps.
Ce ne fut d’abord qu’un souffle parasite, un frottement sec, presque indistinct, comme si quelqu’un essayait de crocheter leur fréquence depuis les entrailles mêmes du bâtiment. Un bruit sourd suivit, pareil à la résonance lointaine d’une porte métallique refermée au loin. Ensuite, très brusquement, les canaux se synchronisèrent. La communication interne du SDN, pourtant réputée blindée, fut traversée par une intrusion si nette, si propre, qu’elle en devenait presque insultante. Et alors, au milieu du grésillement redevenu silence, une voix s’éleva. Une voix d’homme, basse, posée, parfaitement articulée ; le genre de voix qui n’avait pas besoin d’élever le ton pour imposer sa présence. Il n’y avait ni panique ni gratitude immédiate dans cette voix, seulement une lucidité glaciale et une ironie presque polie, comme si la situation, bien qu’inconfortable, n’avait pas encore réussi à entamer son orgueil.
« Enfin. Je commençais à craindre que le fameux investissement précieux de votre organisation ne mérite pas tant d’efforts. »
La phrase tomba avec une élégance tranquille, dans un français trop soigné pour ce décor de tôle, de sang et de mécanismes démembrés. Une seconde passa, puis la voix reprit, plus basse encore, comme si son propriétaire parlait tout en continuant à agir, à se déplacer, à réfléchir trois coups plus loin que tout le monde.
« Ne prenez pas le couloir de gauche. Il est piégé depuis neuf minutes par une équipe de contention liée à Mammon. Filets runiques au plafond, aiguilles hypodermiques dans les parois, gaz incapacitant à déclenchement différé. Leur travail est sérieux, je le reconnais. Prenez la coursive étroite à droite, puis la seconde trappe de maintenance au sol. Smaug, si vous êtes bien celle que j’entends respirer comme une chaudière contrariée, n’utilisez pas vos flammes dans les trente prochains mètres, il y a une conduite de pression derrière la cloison. Viper, il y a au coin suivant un brouilleur ésotérique bricolé avec un cœur de balise et un relais militaire ; vous le verrez avant les autres. Détruisez-le proprement, ou nous serons tous très vite aveugles. »
Il y eut au loin un choc métallique, puis le son bref d’un corps qu’on traînait ou qu’on laissait tomber.
« Quant à vous, Malevola… j’imagine que c’est vous qui dirigez ce charmant cortège. Félicitations. Votre portail vous a fait arriver six minutes plus tôt que prévu par leurs estimations. C’est probablement la seule raison pour laquelle je vous parle encore au lieu d’être déjà emballé dans des chaînes dorées, sur le chemin du palais de ce porc couronné. »
Sa voix ne tremblait toujours pas. Mieux encore : elle semblait presque amusée par sa propre situation, ou du moins trop fière pour lui accorder le luxe de la peur. Pourtant, derrière ce calme surnageait autre chose, perceptible seulement à ceux qui savaient écouter : une fatigue contenue, la tension d’un homme qui avait déjà beaucoup donné pour tenir sa position, et cette dureté sans âge de ceux qui avaient survécu à des lieux où survivre relevait déjà du blasphème. Lorsqu’il reprit, son timbre s’assombrit d’une nuance plus intime, plus venimeuse.
« Ils sont venus pour me prendre vivant. Cela les ralentit, heureusement. Mammon me veut entier, ou suffisamment entier pour ses geôliers, ses alchimistes et ses comptables. J’aurais trouvé l’attention flatteuse si elle ne sentait pas autant le chenil et la dette. Il reste au moins trois unités mobiles entre vous et moi, plus un spécialiste de l’entrave qui n’est pas humain. Ne les sous-estimez pas. Ils ne sont pas ici pour faire du bruit. Ils sont ici pour m’acheter. »
Un bref silence suivit, puis la voix de leur mystérieux client VIP se fit plus précise, plus directe, presque veloutée dans son autorité.
« Écoutez-moi bien. Continuez d’avancer, sans précipitation. Ne touchez pas aux balises plantées dans les murs avant mon signal. Si vous voyez des pièces brillantes clouées dans le métal, ne marchez surtout pas dans leur axe ; elles servent à rabattre la cible vers les zones de capture. À la prochaine intersection, vous trouverez deux corps et un miroir brisé. Ne regardez pas ce miroir plus d’une seconde, il contient encore les restes d’un leurre mémétique. Ensuite, vous descendrez. Je suis au niveau inférieur, dans le noyau de la cache. Et si vous tenez réellement à me sauver… tâchez de ne pas mourir avant de me rejoindre. J’ai déjà eu une journée assez chargée. »
Sa dernière phrase glissa dans leurs oreillettes avec cette insolence contrôlée qui n’appartenait qu’à certains monstres très anciens ou très raffinés. Puis la liaison ne coupa pas totalement ; elle resta ouverte, traversée par des bruissements lointains, par le son feutré de pas, par un souffle mesuré, par le choc humide de quelque chose qu’on frappait ou qu’on égorgeait au loin. Valac ne les avait pas seulement contactées. Il venait de les faire entrer dans sa guerre. Et désormais, à travers le labyrinthe d’acier, les pièges, les cadavres et l’empreinte corrompue des chasseurs de Mammon, sa voix devenait leur fil d’Ariane vers les profondeurs.



